LES VOIES ARDENTES DE LA CRÉATION

Article publié dans la Lettre n°630 du 21 janvier 2026



 
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LES VOIES ARDENTES DE LA CRÉATION. «Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage» avait écrit Boileau en 1674. Balzac a fait sienne cette pratique. Une ébauche manuscrite de ses romans donnait lieu à une première version imprimée. À partir de celle-ci, il enchaînait les corrections successives en petits caractères dans la marge et sur des feuillets épinglés aux pages. Les imprimeurs se plaignaient de la difficulté à lire ces corrections. Dans l’une des salles de la Maison de Balzac sont exposés les neuf jeux d’épreuves de La Vieille Fille. Ces feuillets matérialisent le perfectionnisme d’un écrivain qui ne cesse de polir son texte. Entre le manuscrit et la première édition, le volume du texte a plus que sextuplé. Mais cet exemple n’est pas le plus spectaculaire. Balzac mentionne les dix-neuf épreuves d’Illusions perdues avant la première édition. Puis, d’une édition à l’autre, le texte était encore modifié, jusqu’à trente fois pour La Comédie humaine.
Si trop souvent dans les arts, comme dans le sport, on souligne la qualité de l’œuvre ou de la prestation, on oublie les centaines d’heures de recherches ou d’entraînement qui ont permis ce résultat. Balzac était un perfectionniste capable de travailler seize à dix-huit heures par jour. La présente exposition montre qu’il en est de même pour certains artistes. Le commissaire retient trois d’entre eux qui se sont intéressés à Balzac.
Le premier est Rodin dont on connaît le bronze monumental représentant Balzac sur le boulevard Raspail à Paris. Mais avant ce bronze ultime, il avait réalisé quelque 120 versions, en terre, en plâtre ou sur papier, étalé sur sept années, afin de mieux cerner le physique et l’allure de l’écrivain. Une vingtaine sont exposées ici.
Le deuxième est Picasso, lui aussi bourreau de travail, qui réalise plus d’une dizaine de portraits de Balzac pour illustrer le frontispice du Père Goriot en 1952. D’une version à l’autre, sa vision évolue constamment vers une forme de plus en plus simplifiée.
Avec Olivier Blanckaert (né en 1959), la démarche est encore plus stupéfiante. Partant d’un daguerréotype de 1842, la seule photographie connue de Balzac, il attend d’avoir la même corpulence que l’écrivain pour se photographier sous son apparence en 2015. Il lui faut pas moins de neuf planches de quatre photographies pour aboutir aux deux photos Moi en: Balzac et Moi en: Balzac modèle de Rodin, celle-ci s’inspirant de la version de Rodin, Balzac étude de nu C. (1892).
La dernière salle est consacrée à l’un des dessins réalisés par Pierre Alechinsky pour le chapitre «Du tabac» du Traité des excitants modernes de Balzac. On y voit les essais préalables à l’édition, une matrice en cuivre (1989), une gravure (1991), cette même gravure enrichie à la tempera (2009) et une reprise à l’acrylique de 2022.
Comme Balzac, ces artistes ont travaillé sans relâche, parfois durant de longues années, sur un même sujet pour obtenir un résultat exceptionnel. R.P. Maison de Balzac 16e. Jusqu’au 15 mars 2026. Lien : www.maisondebalzac.paris.fr


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