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Parcours en images de l'exposition
LES VOIES ARDENTES DE LA CRÉATION
avec des visuels
mis à la disposition de la presse
et nos propres prises de vue
« Que les ignorants le sachent ! Si l'artiste ne se précipite pas dans son œuvre, comme Curtius dans le gouffre, comme le soldat dans la redoute, sans réfléchir; et si, dans ce cratère, il ne travaille pas comme le mineur enfoui sous un éboulement; s’il contemple enfin les difficultés au lieu de les vaincre une à une, l’œuvre reste inachevée, elle périt au fond de l'atelier, où la production devient impossible, et l'artiste assiste au suicide de son talent. »
La Cousine Bette, 1846 |
Citation |
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«Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse et le repolissez». Nicolas Boileau, L'Art poétique, 1674.
Le regard porté sur l'art a évolué depuis le XVIIe siècle. Aujourd'hui, commentateurs ou critiques soulignent volontiers, dans les arts comme dans le sport, la qualité d'une prestation aboutie, la beauté d'un geste, mais sans s'attarder sur les centaines d'heures de recherches ou d'entraînements qui ont permis ce résultat. Le talent est souvent associé à la spontanéité plus qu'à une capacité de soutenir l'effort indispensable pour une performance hors du commun.
Balzac s'est beaucoup interrogé sur l'acte de création. Il a très tôt considéré que l'artiste ne se définissait pas par sa pratique - peinture, sculpture, poésie ou musique. Pour lui, est créateur quiconque accède au monde des idées, quel que soit son champ de réflexion. L'artiste serait, avant tout, un visionnaire. Quelques années plus tard, l'écrivain récuse l'association du génie et de la facilité, et associe la réussite artistique à la faculté d'œuvrer sans relâche.
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Mais qu'est-ce au juste que le travail d'un artiste? Sans chercher une réponse définitive, l'exposition confronte les théories de Balzac à ses pratiques créatives comme à celles de quelques grands artistes ayant œuvré d'après l'écrivain, ou ses romans.
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Entrée de l'exposition (et de la maison de Balzac). |
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Texte du panneau didactique. |
1 - BALZAC, UNE TENSION INCESSANTE VERS LA PERFECTION
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Salle des épreuves de La Vieille Fille |
Balzac pouvait écrire quotidiennement seize à dix-huit heures. Une ébauche manuscrite donnait lieu à une première version imprimée, Commençait alors le véritable travail, sous forme de corrections inlassablement poursuivies. Balzac écrit en 1834 qu'il a repris jusqu'à dix ou douze fois La Recherche de l'absolu. En 1839, il mentionne les dix-sept épreuves séparant le manuscrit et la première édition de César Birotteau. En 1843, évoquant Illusions perdues, il fait passer ce chiffre à dix-neuf !
Les neuf jeux d'épreuves de La Vieille Fille témoignent de ce mode d'écriture. Entre le manuscrit et la première édition, le volume du texte a plus que sextuplé ! Ces feuillets matérialisent le perfectionnisme d'un écrivain qui ne cesse de polir son texte. Encore ces épreuves restent-elles sages par rapport à celles, particulièrement spectaculaires, d'Illusions perdues. Théophile Gautier, ami de Balzac, s'émerveillait de ces «bandes de papier, collées avec des pains à cacheter, piquées avec des épingles, qui s'ajoutaient aux marges insuffisantes, zébrées de lignes en fins caractères pour ménager la place, et pleines elles-mêmes de ratures, car la correction à peine faite était déjà corrigée.» Bien des pages de La Comédie humaine ont ainsi été reprises plus de trente fois au fil des rééditions.
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Texte du panneau didactique. |
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Manuscrit de la Préface pour Le Cabinet des Antiques par Honoré de Balzac, 1839. Maison de Balzac. © Photo : Paris Musées.
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2 - LES ARTISTES SELON LA CARICATURE
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Ancienne salle à manger |
La plupart des dessinateurs en vogue ne s'intéressent pas à l'acte de création et s'amusent plutôt à ridiculiser l'excentricité vestimentaire des jeunes peintres, leur vanité, ou la naïveté de leurs outrances et de leurs revendications.
Ils le font d'autant plus habilement qu'eux-mêmes connaissent parfaitement ce milieu, ayant, pour leur part, souvent bénéficié d'une formation dans une école d'art ou un atelier.
Leurs caricatures s'inscrivent dans la continuité des «typologies», de brefs récits à vocation humoristiques qui présentent sans grandes nuances les types sociaux de Paris ou de la province. Et comme les caricaturistes s'appuient sur les idées reçues, ils négligent la proposition de Balzac, trop récente, selon laquelle la réussite en art dépendrait d'un labeur acharné. Cette idée ne présente par ailleurs rien de comique, alors que les artistes cherchent avant tout à faire rire, une condition sine qua non pour vendre leurs gravures.
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Texte du panneau didactique. |
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Karl-Jean Longuet. Balzac, 1959.
Ce bronze reproduit la maquette de la sculpture commandée en 1957 pour le lycée Honoré de Balzac à Paris.
Le Balzac est à mi-chemin entre figuration et abstraction. Un petit personnage (Balzac), seulement reconnaissable dans les premières ébauches, semble étreindre une construction gigantesque et inachevée, faite de piliers, arcs-boutants, et chapiteaux qui perdent leurs caractéristiques architectoniques pour s'unir dans un élan vertical. Cette sculpture, par sa rigueur architecturale, son élancement et son rythme, évoque l'ambition de Balzac - le premier à comparer son œuvre à un monument - comme l'inachèvement de La Comédie humaine. Si l'on ne sait quelle connaissance Karl-Jean Longuet avait de l'écrivain, il restitue parfaitement son corps à corps avec son œuvre. |
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Scénographie |
3 - RODIN, UNE EXPLORATION EN TOUS SENS
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Scénographie |
Le Balzac monumental, dont un bronze orne le boulevard Raspail est bien connu des Parisiens. On sait moins qu'il a été précédé d'au moins 120 versions étalées sur sept années, dont une vingtaine sont ici présentées.
n'a pas connu Balzac. Les ébauches en terre ou sur papier, les essais réalisés durant cette longue période, prennent appui sur une enquête très approfondie du sculpteur, désireux de connaître au mieux le physique comme l'allure de l'écrivain. Mais Rodin ambitionne de concilier le Balzac de la réalité et l'auteur de La Comédie humaine: «Le sentiment, l'intimité de l'homme, voilà ce qu'il faudrait rendre. Et là, pensez si c'est commode, l'âme de Balzac! Je cherche, je cherche, c'est très difficile. Mais je pense bien que j'y arriverai» (Le Journal, 27 novembre 1894).
Et il imagine Balzac debout, assis, statique ou en marche, gras ou maigre, souriant ou sérieux... La diversité des esquisses souligne que Rodin, pour tenter de parvenir à sa vérité artistique, explore des chemins à chaque fois différents, là où Balzac part d'un scénario embryonnaire, qu'il complète et affine au fil des corrections.
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Texte du panneau didactique. |
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Alessandro Puttinati. Portrait de Balzac, 1837. Marbre de Carrare.
Quand Balzac pose à Milan en 1837 pour le sculpteur Puttinati, lors de son deuxième voyage en Italie, il porte une robe de moine, probable souvenir de sa visite de la Grande Chartreuse. «Cette statue est une œuvre d'affection; elle en porte le cachet, elle est faite à Milan par un artiste nommé Puttinati: il n'a rien voulu. J'ai, à grand'peine, payé les frais et le marbre...» (Lettre du 10 avril 1837.) Pour remercier Puttinati, Balzac lui a dédié le roman La Vendetta. |
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Scénographie |
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Louis Boulanger. Portrait de Balzac, 1836. Tours, musée des Beaux-Arts.
Ce portrait peint, le premier pour lequel Balzac accepte de poser, est présenté au Salon de 1836. Balzac voulait se présenter comme un artiste choisissant de vivre en reclus pour mieux travailler, mais son intention n'est pas comprise. Au contraire, les caricatures d'après ce tableau jouent volontiers de l'image du moine gourmand et paillard tel que le présente souvent la littérature des XVe et XVIe siècles. |
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Auguste Rodin. Étude pour la tête de Balzac, vers 1897, plâtre, 21 x 21 x 19.5 cm. Collection Maison de Balzac, Paris © Photo : Paris Musées. |
4 - PICASSO ET D'AUTRES: DE L'INTUITION À LA JUSTE FORMULE
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Scénographie |
Si le processus créatif de Rodin se distingue de celui de Balzac, d'autres artistes ont emprunté des voies encore différentes. Les œuvres des illustrateurs de la fin du XIXe et du XXe siècle respectent des schémas bien établis mais n’en sont pas moins précédées de recherches approfondies. Les cahiers d’étude, dessins préparatoires, essais, esquisses, tentatives rejetées, témoignent de ces tâtonnements, de cette volonté de bien faire ou de mieux faire qui anime presque tous les créateurs. Les recherches de Pablo Picasso sur le portrait de Balzac sont significatives de sa manière de procéder. D’autres artistes contemporains (Vallotton, Marquet, Derain, Giacometti, etc.) se sont livrés au même exercice mais en se limitant en général à un dessin, deux au plus, là où Picasso en réalise plus d'une dizaine, reprend son motif sur des cartes postales adressées à des amis, sur des gravures d’autres formats... Qu’il simplifie ou densifie son sujet, Picasso opère, au fil des versions, une progressive métamorphose pour aboutir à une vision neuve. La complexité du processus créatif régit également des œuvres d'une apparente légèreté. Pour les deux photographies de la série d'Olivier Blanckart «Moi en:...» relatives, à Balzac, Moi en: Balzac, et Moi en: Balzac modèle de Rodin, la recherche s'exprime comme le tâtonnement autour d'une formule déjà mûrement réfléchie, jusqu'à ce qu’apparaisse enfin l’expression la plus juste.
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Texte du panneau didactique. |
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Citation |
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Pablo Picasso. Lithographie originale pour le frontispice du roman de Balzac, Le Père Goriot. Préface d'André Maurois, éditions A. Sauret, 1952. |
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Pablo Picasso. Carte postale adressée à Claire Roy comportant un portrait de Balzac. Décembre 1952l. |
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Scénographie |
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Pierre de Belay. Croquis pour une illustration de La Cousine Bette, 1946. |
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Pierre de Belay. Croquis pour une illustration de La Cousine Bette, 1946. |
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Paul Ernest Jean Boiraud, dit Jean-Paul Quint (1884-1953).
Ensemble d'esquisses et de gravures pour l'illustration de Balzac, Le Père Goriot, 1922. Éditions Kieffer. |
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Paul Ernest Jean Boiraud, dit Jean-Paul Quint (1884-1953).
Gravures pour l'illustration de Balzac, Le Père Goriot, 1922. Éditions Kieffer.
Peintre, lithographe et illustrateur, Quint est l'auteur des dessins du Père Goriot édité par Kieffer. Ces illustrations restent traditionnelles en ce sens qu'elles mettent le récit en image. Cette traduction comporte néanmoins une grande part d'inventivité puisque le texte ne précise pas chaque détail. Aussi faut-il choisir quels passages du roman retenir, les attitudes, les costumes le décor...
Le travail préparatoire est donc considérable et revêt des formes très diverses. Quint va pour Le Père Goriot se livrer à de multiples essais, remanier plusieurs fois ses compositions, rejeter des dessins qui ne le satisfont pas. L'écart entre les intentions et les réalisations finales est parfois tel, qu'on ne parvient pas toujours à associer les esquisses aux gravures achevées.
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Scénographie |
Les portraits récents de Balzac le posent comme une icône de la littérature mondiale. C’est cet aspect qui intéresse Olivier Blanckart.
En se fondant sur la pantomime photographique, soutenue par un grimage limité, l’artiste se livre à une véritable performance. L’accumulation des attributs (pose, costume, maquillage...) s'accompagne d'une recherche de la réalité psychologique du personnage.
Ce travail s‘inscrit dans un processus parfois long. Entre l'idée de l'autoportrait «Moi en: Nicolas Poussin » et sa réalisation, par exemple, vingt-deux années se sont écoulées. Les nombreux essais n’aboutissent pas tous, le résultat n‘étant pas jugé satisfaisant. Dans tous les cas, les séances conduisent à une seule image de référence.
Le premier autoportrait en Balzac renvoie au daguerréotype par Bisson, la seule photographie de l’écrivain. La chemise blanche et les bretelles laissent place à une robe de chambre, plus conforme à l'image de l'écrivain telle que l'ont diffusée ses biographes.
Le second autoportrait est issu de l'une des recherches de Rodin pour son Monument à Balzac, portant le titre Balzac, étude de nu C. (1892). Olivier Blanckart ne pose toutefois pas en «Étude de nu C» ni en «Estager modèle de Rodin» mais bien, comme le précise le titre de son œuvre, en «Balzac modèle de Rodin ».
La photographie résulte donc d'une déconstruction suivie d'une reconstruction des images les plus connues, fondée sur l'analyse des représentations collective. Cette réflexion est complétée par un important travail lors de la prise de vue, ce dont attestent les neuf planches.
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Texte du panneau didactique. |
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Olivier Blanckart. Moi en: Balzac modèle de Rodin [d'après un daguerréotype de 1842 de Louis-Auguste Bisson], 2000, photographie, 33 x 27 cm. Collection Maison de Balzac, Paris © Olivier Blanckart, Adagp Paris 2025. |
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Scénographie |
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Olivier Blanckart (Bruxelles, 1959 - ). Autoportrait photographique: Moi en: Balzac. Tirage de 2015 d'après des clichés de 1999. Reproduction en fac-similé des planches de travail présidant à la réalisation de l’œuvre, 2015. |
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Olivier Blanckart (Bruxelles, 1959 - ). Autoportrait photographique: Moi en: Balzac modèle de Rodin. Tirage de 2015 d'après des clichés de 1999. Reproduction en fac-similé des planches de travail présidant à la réalisation de l’œuvre, 2015. |
5 - PIERRE ALECHINSKY: LE QUESTIONNEMENT SANS FIN
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Scénographie |
Pierre Alechinsky incarne une forme encore différente de la création: la reprise d'un thème dans la durée. Contacté par l'éditeur Yves Rivière en 1987 pour illustrer le Traité des excitants modernes de Balzac, Pierre Alechinsky entreprend, deux ans plus tard, une première série de gravure sur cuivre en aquatinte. Le résultat ne le satisfait pas et, au prix d'un pénible travail, il reporte ces réalisations sur le linoléum afin d'obtenir un encrage plus profond.
Les plaques en cuivre, d'abord rejetées, sont ensuite réutilisées: la partie laissée vierge est traitée à son tour, cette fois à l'eau-forte, et ornée de motifs commandés par le premier dessin. Les grandes gravures ainsi obtenues sont, au fil des années, métamorphosées par d’éblouissantes bordures peintes à la tempera ou à l'acrylique. Les inventions de 1989 suscitent ainsi des reprises qui se succèdent jusqu’à aujourd'hui. Les premiers travaux laissent place à de fluides improvisations sur un thème pictural dont le sens est remis en question sans jamais disparaître.
La salle retrace l'histoire de l'un des dessins réalisés pour le chapitre «Du tabac», avec les essais préalables à l'édition, les matrices, une reprise gravée en 1991, cette même gravure enrichie à la tempera en 2009, et enfin une reprise à l'acrylique de 2022: si Balzac reprend jusqu’à trente page, Pierre Alechinsky revient sur le même thème durant plus de trente année.
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Texte du panneau didactique. |
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Panneau didactique. |
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Pierre Alechinsky. Allusion aux Excitants, 1991. Gravure. Don de l'artiste. |
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Pierre Alechinsky. Matrice en cuivre pour le Traité des excitants modernes (1989) et Aux alentours du Traité... de Balzac (1991). Collection particulière. |
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Scénographie |
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Pierre Alechinsky. Autour du Traité des excitants modernes de Balzac : du tabac, 2022. Acrylique autour d’une gravure sur papier de Chine marouflé sur toile, 75 x 145 cm. Collection Maison de Balzac, Paris. Don du Cercle des Amis de la Maison de Balzac. © Pierre Alechinsky, Adagp Paris 2025. Photo © Fabrice Gibert. |
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Pierre Alechinsky. Aux alentours du Traité de 1989, entre 1989 et 2009. Gravure à l'aquatinte, à l'eau-forte avec rehauts à la tempera sur papier. Maison de Balzac, don de l’artiste, 2009. Photo © Michel Nguyen. |
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