VISAGES D’ARTISTES. De Gustave Courbet à Annette Messager. Le Petit Palais met à l’honneur les portraits et autoportraits d’artistes, essentiellement du XIXe siècle, appartenant à ses collections. Si certains sont exposés en permanence dans le musée, la plupart sont sortis des réserves du Petit Palais et ce ne sont pas les moins intéressants.
Le parcours comprend quatre sections. La première est consacrée aux autoportraits, quintessence du portrait d’artiste car réalisé en toute liberté, sans les contraintes d’une commande. Il permet à l’artiste d’affirmer son style et d’exposer sa personnalité. C’est le plus célèbre du musée, l’Autoportrait au chien noir (entre 1842 et 1844), de Gustave Courbet qui nous accueille dans la première salle. Viennent ensuite des autoportraits de Léon Bonnat, Hippolyte Flandrin, Jean-Baptiste Carpeaux, Jacques-Émile Blanche, Jean-Louis Forain, Pierre Puvis de Chavannes et d’autres artistes moins connus. Nous avons aussi quatre masques en grès émaillé de Jean Carriès tel Masque de Carriès faisant la mou (entre 1888 et 1894) et des autoportraits d’artistes contemporains. Ces derniers sont des plus surprenants avec une sorte de caricature de Nina Childress, Autoportrait clown/fleur (2020) et un mannequin hyperréaliste représentant Hélène Delprat (2013). Mais le comble dans cette section est ce fauteuil sans personne assis dedans peint par Jean-François Gigoux, Un coin de salon chez le peintre (après 1852).
La deuxième section explore les portraits collectifs, les liens professionnels et amicaux et l’émergence d’associations d’artistes comme en témoigne le monumental Panorama du siècle d’Henri Gervex et Alfred Stevens (1889) dont on ne voit qu’un fragment. Les commissaires ont sorti des réserves une galerie de bustes sculptés par Paul Paulin regroupant Edgar Degas, Auguste Renoir, Claude Monet, Armand Guillaumin et Camille Pissarro (1884 à 1910). Une sculpture interroge, c’est une tête recouverte d’un voile qui masque le visage. Cette œuvre de Jean Carriès, Eugène Allard voilé (vers 1876-1877) est un cadeau de l’artiste à la veuve de ce peintre assassiné à Rome par l’un de ses modèles.
Nous voyons ainsi une multitude de peintures et sculptures représentant des confrères en art. Dans cette section, nous avons aussi un ensemble de dessins d’Annette Messager dont le titre est tout un programme, Collection pour trouver ma meilleure signature, Ma collection de châteaux (1972).
Avec «Dans l’atelier», la troisième section, ce sont des artistes dans leur lieu de travail qui sont représentés. L’artiste y est peint ou photographié au milieu de ses œuvres et de son décor personnel, qui oscille entre lieu de création, de réception et de sociabilité. On y voit aussi deux grandes toiles sur lesquelles les peintres d’un même atelier se sont représentés les uns les autres, Portraits des élèves de l’atelier Paul Delaroche (entre 1835 et 1843) et Quarante-trois Portraits des élèves de l’atelier de Charles Gleyre (entre 1856 et 1868). Dans cette même section, un petit espace est consacré, en face d’un mur de photos attribuées à Edmond Bénard (1838-1907), au sculpteur Paul Aubé (1837-1916), quelque peu oublié du grand public. Aujourd’hui les vues d’atelier sont bien différentes à en juger par les œuvres de Giulia Andreani et de Sophie Calle exposées ici.
La dernière section, «Filiations, hommages et irrévérences», explore le dialogue entre artistes et maîtres historiques comme Rembrandt, Leonard de Vinci ou Van Dyck (Van Dyck peignant son premier tableau, 1819, par Jean-Louis Ducis). Sont exposés également trois grands tableaux d’Édouard Vuillard de la série Les Quatre Anabaptistes (entre 1930 et 1935), à savoir ses amis nabis que sont, ici, Maurice Denis, Pierre Bonnard et Aristide Maillol. Cette section met aussi à l’honneur les «Portraits-Charges» avec des caricatures d’artistes et des dessins de revues telles Le Charivari ou l’Assiette au beurre.
Si le parcours, très bien présenté et documenté, se termine là, l’exposition se poursuit dans les collections permanentes. On y voit d’autres portraits telles les sculptures ornant le haut des galeries nord et sud à l’entrée du musée ou la Rotonde Maurice Denis illustrant l’Histoire de l’art français (1925) et quelques autres spécialement mentionnés pour l’occasion. Mais le plus intéressant sont les œuvres d’artistes contemporains dont certaines ont été spécialement conçues à l’occasion de cette exposition. C’est le cas du polyptyque d’Apolonia Sokol, Tenax (Stamina), 2026, inspiré par Le Sommeil de Courbet et les saltimbanques de Fernand Pelez. Ou encore Été (2025) de Françoise Pétrovitch, pendant des Baigneuses à Perros-Guirec (entre 1909 et 1912) de Maurice Denis. On y trouve aussi le Janus (2018) d’Anne et Patrick Poirier, représentant les têtes monumentales et creuses des deux artistes. A l’intérieur, ils ont représenté un amphithéâtre pour la première et des ruines pour le second. R.P. Musée du Petit Palais 8e. Jusqu’au 19 juillet 2026. Lien: www.petitpalais.paris.fr.