UNE JOURNÉE AU XVIIIe SIÈCLE Chronique d’un hôtel particulier

Article publié dans la Lettre n°637 du 29 avril 2026



 
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UNE JOURNÉE AU XVIIIe SIÈCLE.  Chronique d’un hôtel particulier. Cette exposition nous montre comment vivait la classe la plus aisée de Paris au siècle des Lumières. Pour illustrer leur sujet, les commissaires ont conçu un parcours évoquant en premier lieu le concept d’un «hôtel particulier» puis la vie de ses habitants, propriétaires, domestiques et même animaux familiers, au cours des différentes heures de la journée. Les objets, peintures et documents présentés sont impressionnants, tant par leur nombre, plus de 550 issus pour la plupart des collections du musée, que par leur qualité et leur originalité.
Construire un hôtel particulier à Paris était un véritable défi tant la ville était dense et peuplée. Il fallait trouver de nouveaux espaces permettant de faire une cour, un corps de logis, des communs et, luxe suprême, un jardin. Pour illustrer cela, nous avons, entre autres, des tableaux, un grand nombre d’affiches, telles celles placardées dans les rues à cette époque, une collection de statuettes des «cris de Paris», une magnifique chaise à porteurs et de nombreux objets décoratifs.
Dans la section suivante, «Un hôtel, des hôtels» sont présentés toutes sortes d’objets qui illustrent les nouveautés de ce siècle. Citons la fontaine à eau, les cages pour des oiseaux exotiques, les niches pour les chiens, en particulier les carlins, des jouets pour les enfants et différents habits, tant pour le maître que pour les domestiques. Apparaissent aussi des horloges, toutes plus belles et perfectionnées les unes que les autres, y compris dans des tableaux animés comme celui conçu par Desmares en 1739, ainsi que des semainiers et de petits almanachs.
La deuxième partie de l’exposition nous fait revivre une journée telle qu’elle pouvait se passer dans un de ces hôtels somptueux. Celle-ci commence à 6h15 par le vestibule, une pièce placée au centre de l’enfilade au rez-de-chaussée, où les valets en livrée accueillent et introduisent les visiteurs. Vient ensuite, à 7h15, «La chambre et ses dépendances». Monsieur et Madame ont chacun la leur avec différentes pièces pour la toilette, la dévotion, la lecture, etc. Le nombre d’objets exposés est faramineux et les visiteurs s’attardent longuement dans ces espaces trop étroits… Parmi ceux-ci, on remarque tout particulièrement une baignoire en chaise longue, mobile, un chauffe-bain permettant de réchauffer l’eau de la baignoire, un magnifique lit «à la duchesse», une table de toilette «en cœur», un meuble d’en-cas, pour une petite faim nocturne, une magnifique chaise longue brisée et une tout aussi remarquable commode de Lacroix, des tables de nuit et une multitude d’objets de toutes sortes d’où se détache le fameux «bourdaloue» pour la commodité de ces dames durant les longs sermons du prédicateur du même nom.
A 10h15 c’est l’heure de l’avant-dîner, illustré par «Le cabinet ou la bibliothèque de Monsieur». Rappelons qu’à l’époque le dîner désignait notre actuel déjeuner. Equivalent au boudoir de Madame, le cabinet est un lieu informel où l’on peut se livrer à diverses activités telles les comptes, la correspondance, la lecture, etc. Sans transition, on passe à l’après-dîner à 16h15 avec  «Le boudoir de Madame». Parmi la multitude d’objets, on remarque en particulier un bonheur-du-jour de Martin Carlin, une ottomane, ancêtre de nos canapés, une table «volante», que l’on pouvait déplacer dans la pièce, et aussi une chaise d'affaires et un pot de chambre.
Dans la section consacrée à «La chambre et ses dépendances», on nous avait expliqué que l’on faisait ses dévotions avant de s’habiller. Néanmoins c’est à 18h00 que l’on nous présente l’oratoire, un lieu plus propice au recueillement, sorte de petite chapelle privée où l’on peut recevoir la visite d’un prêtre, directeur de conscience de la famille.
Avec les progrès de l’éclairage, la vie s’écoule plus tardivement et c’est à 21h15 qu’arrive le souper avec «La salle à manger», où l’on peut également prendre son dîner. Pièce d’apparat, richement décorée, elle offre à chaque convive des assiettes, des couverts et des verres pour un service «à la française». Parmi les objets exposés trône un magnifique surtout de table avec jardin imaginaire. On remarque aussi une fontaine de salle à manger, une desserte-rafraîchissoir de Canabas et encore des étiquettes pour les bouteilles.
Le parcours, comme cette journée, se termine à 23h15 avec la soirée dans «Le salon de compagnie et le petit salon». C’est dans ce lieu que l’on improvise un petit concert avant de s’adonner à toutes sortes de jeux, y compris des jeux d’argent. Entre une harpe, un paravent, un fauteuil à la reine de Claude Sené, toutes sortes de jeux, dames, échecs, cavagnole, etc, on remarque ce curieux siège, une chaise-voyeuse, permettant aux hommes qui ne jouent pas de suivre le jeu des autres convives en étant assis à califourchon. Comme on le voit, c’est une exposition brillante et pleine de surprises, très intéressante et qui aurait mérité de plus vastes espaces. R.P. Musée des Arts Décoratifs 1er. Jusqu’au 5 juillet 2026. Lien : www.madparis.fr


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