RENOIR ET L’AMOUR. A l’occasion de ses quarante ans, le musée d’Orsay met à l’honneur un artiste majeur de ses collections, peut-être le plus populaire des impressionnistes, Auguste Renoir (1841-1919). Après la rétrospective de 1985, cette exposition se concentre, avec une soixantaine d’œuvres, sur la première partie de la carrière de Renoir, qu’elle désigne avec ce sous-titre «La modernité heureuse (1865-1885)». Effectivement, à rebours de la convention de l’époque qui voulait que les sujets de la modernité soient mélancoliques ou ironiques, désabusés ou désenchantés, Renoir peint des tableaux colorés et joyeux, prenant comme sujet des guinguettes, des bals publics, des repas etc. avec des personnages heureux et complices, sans rivalité entre les hommes et les femmes. Renoir en était conscient, lui qui disait «Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une peinture puisse être de la très grande peinture en restant joyeuse» mais persévéra dans cette thématique jusqu’en 1885, époque où, insatisfait de l’impressionnisme, il renie le travail en plein air et tente de se renouveler par le dessin (sujet de l’exposition parallèle à celle-ci, «Renoir dessinateur»).
Après une introduction où l’on voit un Autoportrait (1875), un portrait peint par son ami Frédéric Bazille, Pierre Auguste Renoir (vers 1867-1869) et l’unique statue monumentale sculptée par Renoir avec Richard Guino, Venus Victrix (entre 1914 et 1916), le parcours se déroule en six sections.
Dans la première, «Scènes de la vie de Bohême», nous voyons des exemples de ses thèmes de prédilection tels le jeune couple (La Promenade, 1870), la foule (La Grenouillère, 1869), l’amitié (Frédéric Bazille, 1867), le nu (La Nymphe à la source, 1869-1870) ou encore le repas (Le Cabaret de la mère Antony, 1866). C’est une période de précarité pour le jeune peintre qui vit avec son modèle Lise Tréhot, avec laquelle il aura deux enfants qu’ils ne reconnaîtront pas. Ses soutiens sont rares et les tableaux qu’il envoie au Salon sont tour à tour acceptés ou refusés.
Vient ensuite «Fêtes galantes» avec des personnages perdus dans une nature exubérante et colorée (Chemin montant dans les hautes herbes, vers 1875) ou simplement assis dans l’herbe (Femme à l’ombrelle et enfant dans un paysage ensoleillé, vers 1874-1876). Des couples sont en conversation (Confidences (La Tonnelle), vers 1875). On y voit aussi un nu dans un jardin, un paysage (Vue de Bougival, 1873) et surtout le fameux Bal du moulin de la Galette (1876), œuvre complexe où Renoir se plaît à montrer les liens heureux entre hommes et femmes, adultes et enfants, bourgeois et ouvriers.
Les sections suivantes sont consacrées aux «Rencontres en ville» puis à «Une partie de campagne». Dans la première on voit des scènes dans un théâtre (Au théâtre (La Première Sortie), 1876-1877 ; Une loge à l’Opéra, 1880), dans la rue (Les Grands Boulevards, 1875), au café (Au café, 1877) ou encore chez l’artiste avec ses amis (Chez Renoir, rue Saint- Georges, 1876). La comparaison entre Au café et Dans un café, dit aussi L'absinthe de Degas est frappante. Le premier exprime la joie tandis que le second traduit la solitude de ses personnages. Dans la seconde ce sont des scènes de restaurant en dehors de Paris, telles La Fin du déjeuner (1879) ou encore Jeune femme sur la terrasse du restaurant Fournaise (1879) et surtout l’extraordinaire Le Déjeuner des Canotiers (1880-1881) où l’on dénombre quatorze personnages, tous identifiés parmi les amis de Renoir, comme le montre les documents en vitrine. On y voit aussi des scènes au bord de l’eau telles Les Canotiers à Chatou (1879) ou La Yole (1875).
La cinquième section «Femmes et enfants, frères et sœurs» traite d’un sujet peu présent dans l’œuvre de Renoir à cette époque. Néanmoins on y trouve des tableaux de commande, tels ceux pour son marchand Paul Durand-Ruel ou son mécène Paul Bérard. Mais il y a aussi Jeune mère (1881) sans doute inspiré par les madones de Raphaël qu’il voit lors de son premier voyage en Italie, qui traduit une vision plus traditionnelle de la femme.
La dernière section «Danseurs» nous présente trois couples de danseurs de grandeur presque naturelle. Peints en 1883, ces tableaux nous montrent des couples isolés des autres personnages de la scène, dansant ces nouvelles danses (valse, polka) où l’on est enlacé. L’un s’intitule Danse à la ville, pendant de Danse à la campagne. Un cartel destiné au jeune public invite à trouver les sept différences entre ces deux toiles. Le troisième tableau, Danse à Bougival, comme les deux premiers, nous montre le visage de la femme tandis que celui de l’homme est caché par cette dernière.
En guise d’épilogue, le parcours se termine avec Les Parapluies (vers 1881-1886), le dernier grand tableau de Renoir à sujet urbain, peint par moitié à six ans d’écart, dans des styles très différents mais traduisant toujours la joie de vivre ensemble et d’aimer. Une belle exposition, avec de nombreux cartels détaillés et une scénographie qui donne beaucoup d’espace aux toiles. R.P. Musée d’Orsay 7e. Jusqu’au 19 juillet 2026.
Lien : www.musee-orsay.fr.