MICHEL-ANGE / RODIN. Corps vivants. C’est une exposition monumentale que nous présente le Louvre avec vingt sections regroupées en cinq grandes parties proposant quelque 200 œuvres. L’exposition réunit ainsi marbres, bronzes, plâtres, terres cuites, moulages et une riche production graphique provenant des collections du Louvre, du musée Rodin et de grands musées internationaux. Le parcours a pour fil conducteur celui du corps et de la vie comme le montrent, dès l’entrée, cinq sculptures emblématiques. La rotonde abrite ainsi l’Esclave mourant et l’Esclave rebelle de Michel-Ange, deux chefs-d’œuvre du Louvre, L’Âge d’airain, Adam et Jean d’Aire nu, l’un des bourgeois de Calais. La présence dos à dos de l’Esclave mourant et de l’Âge d’airain, avec chacun un bras derrière la tête, montre d’emblée l’influence de Michel-Ange sur Rodin.
La première partie, «Deux artistes mythiques» nous montre comment ces deux sculpteurs se sont formés. Michel-Ange (1475-1564) en s’inspirant de Giotto et Masaccio et Rodin (1840-1917) de Michel-Ange lui-même, dont il découvre en 1876 ses sculptures pour les tombeaux de Julien et Laurent de Médicis dans la chapelle des princes de la basilique San Lorenzo à Florence. Des copies en marbre de 1873 appartenant aux collections du Louvre sont exposées ici. Des dessins et sculptures de leurs contemporains montrent l’admiration que ces deux hommes inspiraient déjà à leur époque.
Vient ensuite «Nature et Antiquité: Réinventer le modèle». Pour ces deux artistes, il s’agit bien de sources d’inspiration mais elles doivent être dépassées. Les études et esquisses de corps humains que l’on voit ici résultent d’une observation scrupuleuse des modèles, tant vivants qu’antiques, les deux maîtres ayant une grande admiration pour les sculptures antiques, y compris lorsqu’elles étaient endommagées. C’est ainsi qu’on dit que Michel-Ange aurait refusé de restaurer le Torse du Belvédère, reconnaissant la complétude esthétique de cette forme fragmentaire, tandis que Rodin créait des torses comme œuvres en soi. Tous deux ont réalisé des sculptures pouvant passer pour des antiquités et tous deux ont manifesté une attention particulière pour les modèles féminins.
Cette idée de laisser inachevées des sculptures est qualifiée de «Non finito». Ainsi Michel-Ange laisse perceptibles les marques de l’acte créatif, comme si la sculpture visible n’est qu’une étape d’une forme virtuelle déjà existante, d’où l’attention apportée au choix des marbres. Quant à Rodin, qui déléguait à des praticiens la taille des marbres à partir de modèles en plâtre, il interrompait leur travail afin que les corps semblent émerger d’une gangue de marbre (Galatée, 1888).
À mi-parcours, les commissaires ont disposé des sculptures de mains en marbre à différentes étapes du process, réalisées par les marbriers du musée du Louvre, avec les outils qu’utilisaient Michel-Ange et Rodin. Ils nous expliquent ainsi les différences de techniques des deux artistes, le premier travaillant en taille directe, le second avec des praticiens.
La quatrième partie, «Corps et âmes», montrent l’ambition de ces deux artistes de traduire à travers la sculpture des corps non seulement des formes mais également le siège d’une vie intérieure intense. Leurs figures sont ainsi des habitacles de la pensée et du rêve, parfois aux confins de la mort. Cette volonté est particulièrement présente dans le Jugement dernier de Michel-Ange dont on voit une copie d’époque et La Porte de l’Enfer de Rodin présentée avec une maquette de Rodin lui-même.
Mais pour ces deux artistes, l’expression de la pensée et du rêve ne suffit pas. Les corps qu’ils créent doivent aussi être vivants. C’est ce que montre la dernière partie, «Énergie et vie» avec de nombreux exemples directs ou inspirés par les œuvres des deux maîtres. Ce ne sont que des corps aux formes serpentines (Hercule et Antée de Bologne, 1578; Torse d’Adèle de Rodin, avant 1899), en plein mouvement, parfois même en équilibre dans l’espace (Fugit Amor de Rodin, avant 1887).
Les commissaires ont également inséré dans le parcours des œuvres contemporaines pour montrer, sans vraiment convaincre, la permanence des idées de Michel-Ange et Rodin chez certains artistes d’aujourd’hui, tels Giuseppe Penone, Joseph Beuys, Jana Sterbak et Bruce Nauman. Une exposition remarquable qui fera date. R.P. Musée du Louvre 1er. Lien : www.louvre.fr.