GERHARD RICHTER

Article publié dans la Lettre n°631 du 4 février 2026



 
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GERHARD RICHTER. C’est une rétrospective impressionnante de l’œuvre de Gerhard Richter (né en 1932 à Dresde)  que nous offre la Fondation Louis Vuitton. Dans les 34 salles réparties au sein de 9 galeries, ce ne sont pas moins de 275 peintures à l’huile, sculptures en acier et en verre, dessins au crayon et à l’encre, aquarelles et photographies peintes qui sont exposés. Le parcours couvre six décennies du travail de cet artiste, de 1962 à 2017. Une dernière section nous présente également son ouvrage de 2022 à 2025, exclusivement consacré au dessin et à des commandes publiques.
Formé à l’École des Beaux-Arts de Dresde, Richter se familiarise avec la peinture d’histoire, la nature morte, le portrait, le paysage, mais nous n’avons aucune œuvre de cette période. Richter s’est en effet enfui de l’Allemagne de l’Est avec Ema, sa première femme, en 1961, pour s’installer à Düsseldorf puis à Cologne, où il vit et travaille encore aujourd’hui.
Dès la première salle nous sommes frappés par ses toiles qui toutes sont floues. En effet Richter ne peint pas directement d’après nature. Il utilise toujours un autre medium tels une photographie ou un dessin. Une vidéo tournée en 1969, Dans l’atelier de Gerhard Richter, nous le montre en train de peindre le Pont de Ruhrtal. Il commence par aller prendre une photo de ce pont, qu’il projette ensuite sur la toile qu’il va peindre. Il dessine avec précision le pont et le paysage alentour, le peint puis étale la peinture pour obtenir cet effet de flou.
Il peint aussi bien des membres de sa famille (il avait emporté avec lui des photos de celle-ci) que des objets du quotidien, tel du papier toilette, ou des événements dramatiques comme ces Huit infirmières qui ont été assassinées.
Dès les années 1960, Richter s’intéresse aux effets obtenus avec du verre ou des miroirs. Tout au long du parcours, nous voyons d’autres œuvres faites avec ce matériau: des miroirs d’angle colorés, des plaques de verre superposées, de grands miroirs où se reflètent les peintures exposées en face. Le summum est atteint avec le grand vitrail du transept sud de la cathédrale de Cologne, dont on voit une photographie. Il fait également confectionner une sphère en acier inoxydable où se reflète toute la pièce où elle est installée.
Au fil des différentes sections, on note aussi l’intérêt de Richter pour les séries ou les cycles. La première série est celle des «48 portraits» de scientifiques, d'écrivains, de compositeurs et de philosophes qu’il peint, à partir d’une encyclopédie, pour représenter l'Allemagne à la Biennale de Venise de 1972. Ensuite, nous voyons les tableaux relatifs au suicide de quatre membres du groupe Baader-Meinhof le «18 octobre 1977» qui suscita la controverse, même onze ans plus tard. Plus loin, ce sont les nombreuses toiles de Sabine, sa troisième épouse, tenant tendrement son enfant. Le cycle le plus remarquable est celui consacré à la Shoah. À partir des quatre uniques photographies prises par des membres d’un Sonderkommando du camp d’extermination de Birkenau, Richter reproduit ces photographies, puis les recouvre de peinture et enfin, ajoute en face d’elles quatre vitres peintes en gris avec lesquelles les spectateurs deviennent partie prenante.
On note aussi son intérêt pour les nuanciers mais, contrairement à ceux des décorateurs, dans les nuanciers de Richter les couleurs sont disposées au hasard (1024 couleurs, 1973). C’est à partir de l’un d’entre eux qu’il réalisa le vitrail de la cathédrale de Cologne.
Si l’artiste n’abandonne pas totalement le figuratif, à partir des années 1970, il se consacre de plus en plus à la peinture abstraite. Même sa «copie» de l’Annonciation du Titien devient, au fil des toiles successives, une œuvre abstraite.
En 2017 Richter décide d’arrêter de peindre. À partir de cette année, il ne se consacre qu’aux commandes publiques et aux dessins. La dernière section «2022-2025» nous présente une trentaine de ces dessins dont certains sont colorés avec des encres. Une rétrospective vraiment exceptionnelle, avec de nombreux cartels développés reproduits dans le parcours en images de cette exposition. R.P. Fondation Louis Vuitton 16e. Jusqu’au 2 mars 2026. Lien: www.fondationlouisvuitton.fr.


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