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Parcours en images de l'exposition
GERHARD RICHTER
avec des visuels
mis à la disposition de la presse
et nos propres prises de vue
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Titre de l'exposition |
Né en 1932 à Dresde, Gerhard Richter a grandi pendant la Deuxième Guerre mondiale et la période d’après-guerre. Ses années d'apprentissage se passent en Allemagne de l'Est sous domination soviétique, où il reçoit une formation classique de peintre muraliste à l'académie de Dresde. En 1961, Richter et sa femme, Ema, prennent la décision courageuse de passer à l'Ouest, renonçant ainsi à leur vie et à leur famille pour s'installer à Düsseldorf.
L'exposition réunit la plupart des œuvres majeures de Richter. Elle couvre six décennies de sa production picturale

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jusqu'à 2017, année où il renonce à la peinture tout en continuant de dessiner.
Chaque section de l'exposition couvre environ une décennie et montre l'évolution d’une pratique dont l'apogée est marqué par plusieurs ensembles de peintures magistrales, exécutés entre 2000 et 2016.
Richter se considère comme un «peintre classique» dont le plus grand plaisir est de travailler à l'atelier. Durant sa longue carrière, il a délibérément exploré les genres traditionnels en peinture - portrait, nature morte, paysage, et peinture d'histoire qui traite des grands événements et enjeux d’une époque.
La plupart des artistes ne se concentrent que sur un ou deux de ces sujets. Il est tout aussi marquant qu’en dépit du fait qu’il soit un «peintre d'atelier», Richter ne travaille jamais directement d’après nature, ni même d’après modèle. Tout est filtré à travers un autre médium, qu'il s'agisse d’une photographie ou d’un dessin à partir desquels il crée une image autonome et indépendante.
Les œuvres les plus anciennes de l'exposition sont basées sur des photographies tirées de journaux ou de magazines et, comme nous le savons aujourd’hui, sur des photos de sa famille que Richter avait laissée en RDA. La plupart des images présentent un flou caractéristique, obtenu par le glissement du pinceau sur la surface peinte encore humide. Ce procédé projette l’image dans le passé à travers la mémoire tout en propulsant l’image vers l’abstraction.
Au cours des années 1970-1980, Richter explore à la fois le langage de l’abstraction et celui de la représentation. Dans ses œuvres abstraites, il utilise souvent le racloir qui lui permet de flouter de grands formats tout en introduisant un élément de hasard. Parallèlement, il peint de délicates natures mortes, des portraits et des paysages qui évoquent la peinture romantique classique. Parfois, et de façon très réfléchie, il prend pour sujet un moment tragique de l'Histoire, tels la Shoah, ou l'attentat contre Les tours jumelles de New York, le 11 septembre 2001.
Cette capacité à conjuguer une technique novatrice et des images saisissantes a valu à Richter une grande renommée internationale tout au long de sa carrière.
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Texte du panneau didactique.
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Galerie 1 - 1962-1970 - PEINDRE D'APRÈS PHOTOGRAPHIES
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Scénographie |
PEINDRE D'APRÈS PHOTOGRAPHIES
Gerhard Richter naît à Dresde en 1932. Durant la Deuxième Guerre mondiale, sa famille s’installe à Waltersdorf, en Lusace. En 1951, Richter entre à l'Académie des beaux-arts de Dresde. Il y rencontre Marianne (Ema) Eufinger, qu'il épouse en 1957. En 1956, il peint comme travail de diplôme la fresque Lebensfreude [Joie de vivre] au Deutsches Hygiene-Museum de Dresde. Une bourse lui permet de rester à l’université pendant trois ans. En 1959, une visite à la documenta ll à Kassel le décide à quitter l'Allemagne de l'Est.
En février 1961, peu avant la construction du mur de Berlin, Richter et Ema s’enfuient à Berlin-Ouest et s'installent à Düsseldorf, où il est admis à la Kunstakademie; il y restera jusqu'en 1965. Richter réalise alors des peintures informelles exposées en 1962 avant de les détruire. Cette même année, il peint pour la première fois des œuvres d’après des photographies de magazines. Il poursuit dans cette voie en choisissant ses motifs dans diverses sources, notamment des photographies de sa famille. Au cours des années suivantes, Richter étend aux paysages pseudo-romantiques et à des images qui questionnent la représentation de la réalité.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Nubas, 1964. Huile sur toile. Collection Larry Gagosian.
L'une des plus grandes peintures de ses débuts, c'est aussi l’une des premières à s'inspirer d'une image tirée d'un magazine en couleurs plutôt que d’une photographie en noir et blanc issue d’un journal ou d'un album de famille. Ici, la source est une photographie d’un enterrement nuba prise par Leni Riefenstahl, la cinéaste et photographe appréciée par Hitler. Beaucoup des premières images de Richter font référence de façon «souterraine» à la période nazie et reflètent le traumatisme persistant de la Deuxième Guerre mondiale et la lente reconstruction après-guerre de l'identité nationale allemande. |
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Gerhard Richter. Famille, 1964. Huile sur toile. Collection Marguerite & Robert Hoffman. |
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Gerhard Richter. Paysage égyptien, 1964/1965. Huile sur toile. Collection particulière. Courtesy Hauser & Wirth Collection Services. |
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Gerhard Richter. Bombardiers, 1963. Huile sur toile. Städtische Galerie Wolfsburg.
Cette image d’avions américains bombardant Dresde en 1944 provient d’un magazine. Enfant, Richter avait été dans la ville détruite en 1945. En 1963-1964, alors que la guerre froide était à son paroxysme, il a peint plusieurs images d’avions, principalement des avions alliés volant en formation, mais aussi un avion allemand d’après-guerre, le Schärzler (également présenté ici), ou l'image peinte montre l'intégralité de la coupure de presse, dont une partie du texte. |
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Gerhard Richter. Schärzler, 1964. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. Cerf, 1963. Huile sur toile. Fondation Louis Vuitton, Paris.
Réalisé à partir d’une photographie prise par l'artiste dans un parc à gibier de Dresde avant son départ pour l'Allemagne de l'Ouest, Hirsch représente un cerf immobile au cœur d'une forêt hivernale dépouillée. Symbole cliché de l'état sauvage dans le romantisme allemand et les légendes nordiques, l'animal légèrement estompé dans une brume hivernale contraste avec la géométrie fragile formée par les lignes curvilignes et tubulaires aux contours nettement dessinés qui évoquent les arbres et leurs ramures. |
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Gerhard Richter. Tisch [Table], 1962 (CR 1). Huile sur toile, 90 x 113 cm. Collection particulière. Crédit photo: Jennifer Bornstein. © Gerhard Richter 2025 (18102025).
Richter a fait de ce tableau le premier du catalogue raisonné de ses peintures, omettant délibérément ses premières œuvres «informelles» réalisées à l'académie de Düsseldorf et tout ce qu'il avait produit lorsqu'il vivait en Allemagne de l'Est.
La photo originale a été tirée d'un numéro des années 1950 du magazine italien de design Domus. Au départ, Richter avait reproduit la photo telle qu'elle apparaissait dans le magazine, mais, insatisfait du résultat, il macula l'image source de solvants afin de créer une version ambiguë de la réalité, qu’il a ensuite transposée à l'huile sur toile. Le processus d’effacement et de repeinture est devenu son moyen d'expression privilégié. |
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Gerhard Richter. Christa & Wolfi, 1964. Huile sur toile. The Art Institute of Chicago, Joseph Winterbotham Collection. |
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Gerhard Richter. Prince Sturdzal, 1963. Huile sur toile. Musée d'arts de Nantes. Acquis avec l’aide de l'État et de la région Pays de la Loire (FRAM). |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. Huit élèves infirmières, 1966.
Kunsthaus Zürich. Dauerleihgabe der Vereinigung Zürcher Kunstfreunde. Geschenk von Hans B. Wyss und Brigitte Wyss-Sponagel, 2021.
À son arrivée à Düsseldorf, Richter se lie rapidement d'amitié avec les peintres Sigmar Polke et Konrad Lueg, qui deviendra plus tard galeriste sous le nom de Konrad Fischer. Leur travail, rebaptisé «réalisme capitaliste», utilise des images photographiques tirées de journaux et se veut une réponse à Warhol et Rauschenberg et à la couverture médiatique de la vie quotidienne dans l'Allemagne d’après-guerre. Richter s'intéressait beaucoup à la façon dont la presse à scandale dépeignait le crime, le sexe et la mort, ainsi qu'aux conventions photographiques liées au portrait et à la pornographie. Les portraits des huit infirmières (assassinées) ont été pris en studio, sans doute au début de leurs études: ces images d’innocence alignées comme pour une séance d'identification contrastent avec l'horreur de leur mort.
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Gerhard Richter. Tante Marianne, 1965. Huile sur toile. Yageo Foundation Collection, Taïwan.
La jeune tante Marianne est assise, tenant dans ses bras son neveu Gerhard. Pendant de nombreuses années, l'identité des personnages des «portraits de famille» est restée inconnue. Dans l'Allemagne d’après-guerre, où chaque famille avait un secret, Richter ne souhaitait pas parler de ses origines et personne ne songeait à lui poser des questions. Marianne souffrait de troubles mentaux, elle fut internée pendant la guerre et tuée par les nazis en 1945. Le beau-père de Richter était un médecin qui avait participé aux expériences nazies sur l’eugénisme.
La surface estompée du tableau, obtenue en passant un pinceau fin et large sur la peinture encore humide, transforme le sujet en une image plus abstraite et intemporelle. |
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Gerhard Richter. Famille au bord de la mer, 1964. Huile sur toile. MKM Museum Küppersmühle für Moderne Kunst, Duisburg, Germany, Strôher Collection. |
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Scénographie. |
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Gerhard Richter. Portrait d’Ema, 1965. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Chaise de cuisine, 1965. Huile sur toile. Kunsthalle Recklinghausen.
La chaise appartenait à Richter, qui l'a photographiée. L'artiste préférant toujours travailler à partir d'une photographie ou d’un dessin plutôt que d’un objet où d'une scène. Richter précise qu'il cherchait des «objets banals» à peindre, «La chaise elle-même, la table, un rouleau de papier toilette». Il a collé nombre de ses propres photographies, généralement d'objets et de paysages, dans l’album Atlas, souvent utilisé comme source d'inspiration pour ses peintures figuratives. |
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Gerhard Richter. Rouleau de papier toilette, 1965. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Horst avec chien, 1965. Huile sur toile. Collection Carmignac.
L’une des photos de famille que Richter avait emportées avec lui était celle de son père, sur laquelle celui-ci apparaît presque comme un clown: éméché, les cheveux en bataille, tenant un petit chien et un chapeau de femme. Horst Richter ayant été prisonnier de guerre, le jeune Gerhard a largement grandi sans lui. Lorsque Horst est revenu en 1945, son adhésion forcée au NSDAP l’a empêché de reprendre son métier d'avant-guerre, celui de professeur de mathématiques dans le secondaire. Richter était ici confronté à une expérience générationnelle plus large, celle d’un père perdu. |
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Gerhard Richter. Onkel Rudi [Oncle Rudi], 1965 (CR 85).Huile sur toile, 87 x 50 cm. Collection Lidice Memorial, République Tchèque. Crédit photo: Richard Schmidt. © Gerhard Richter 2025 (18102025).
Oncle Rudi était le frère de la mère de Richter, un jeune soldat de la Wehrmacht tué au début de la guerre. L'image de ce soldat souriant, dont Richter se souvient de l'humour et du charme, masque les souvenirs douloureux des familles allemandes, et plus encore pour Richter qui avait quitté en 1961 sa famille restée à l'Est en n'emportant que quelques biens et une poignante collection de photos de famille. |
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Gerhard Richter. Ema (Akt auf einer Treppe) [Ema (Nu sur un escalier)], 1966 (CR 134).Huile sur toile, 200 x 130 cm. Museum Ludwig, Cologne / Donation Ludwig Collection 1976. © Gerhard Richter 2025 (18102025).
Cette image de la première épouse du peintre, Ema, est empreinte de la beauté idéale et de l'atmosphère d’un chef-d'œuvre classique, à l'instar de certains des paysages romantiques, des compositions florales et des portraits réalisés ultérieurement. En tant que peintre, Richter est très conscient de son dialogue avec l’art et les peintres du passé. Ici, il répond à ce qu’il considérait comme la complication excessive du célèbre tableau de Marcel Duchamp de même titre. |
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Gerhard Richter. 4 panneaux de verre, 1967. Copie d'exposition, verre et fer. Collection Herbert Foundation, Gand.
Première œuvre en verre exécutée par Richter, ces 4 panneaux enchâssés dans des cadres en fer mobiles ne sont pas une sculpture mais un instrument destiné à examiner la perception. Les plaques transparentes, qui pivotent sur leur axe selon différents angles, ne montrent rien d'autre que ce qui se trouve derrière elles - un fragment de la réalité, ni déformé, ni transfiguré -, un tableau. L'inclinaison du verre produit des effets miroir de sorte que le spectateur s’y réfléchit également. Le rapport ambigu entre transparence et reflet est un thème dont Richter, dès lors, s’emparera de multiples manières. |
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Gerhard Richter. Deux couples d'amoureux, 1966. Huile sur toile. Collection Daros, Suisse. |
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Gerhard Richter. Grand rideau, 1967. Huile sur toile. Städel Museum, Francfort-sur-le-Main. |
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Gerhard Richter. Dix grands nuanciers, 1966/1971/1972. Émail sur toile.
Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf.
Richter se refuse à choisir un sujet ou inventer une composition, préférant partir de ce qui existe ou de ce que quelqu'un d'autre a choisi. La première de ses grandes peintures de nuanciers aux 100 couleurs s'inspire directement d’un exemplaire commercial utilisé par les décorateurs d'intérieur. Les couleurs et leur disposition sont fidèlement reproduites. Il en résulte une peinture qui, par hasard, semble dialoguer avec la peinture abstraite d’après-guerre, notamment américaine, par exemple les couleurs plates et saturées d’Ellsworth Kelly. Richter élargit le territoire et le lexique de la peinture en regardant au-delà de la tradition.
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Gerhard Richter. Bandes grises, 1968. Huile sur toile. Gerhard Richter Archiv, Staatliche Kunstsammlung Dresden, Dauerleihgabe der Gerhard Richter Kunststiftung.
Cette manière expressive de peindre ouvre Richter à de nouvelles pratiques picturales. Il développe une forme de peinture expansive, largement brossée, qui explore les limites de notre lecture des marques, qu’elles soient abstraites, comme ici dans Gray Streaks, ou figuratives, comme dans les peintures de nuages voisines réalisées à la même époque.
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Gerhard Richter. Paysage urbain de TR, 1969. Huile sur toile. Museum Frieder Burda, Baden-Baden.
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Gerhard Richter. Paysage lunaire II, 1968. Huile sur toile. Kunstmuseum Bonn. |
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Gerhard Richter. Himalaya, 1968. Huile sur toile. Collection Daros, Suisse. |
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Gerhard Richter. Nuages, 1968. Huile sur toile. Carré d'Art, musée d'art contemporain de Nîmes. |
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Gerhard Richter. Paysage urbain D, 1968. Huile sur toile. Collection Daros, Suisse.
Après plusieurs années consacrées à la réalisation d'images floues à partir de photographies, Richter commence à utiliser une touche plus libre et plus expressive. Cette approche s’applique à deux séries importantes d'œuvres basées sur des photographies de villes vues d’en haut (ici, Düsseldorf) et des paysages de montagne tirés de brochures de voyage. Certaines de ces vues urbaines fragmentées rappellent celles de Cologne et de Dresde prises depuis des avions de reconnaissance après les bombardements de 1944 et 1945. D’autres évoquent les images d'un prospectus immobilier. |
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Gerhard Richter. Fenêtre, 1968. Huile sur toile. Kunstpalast, Düsseldorf. |
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Gerhard Richter. Marine, 1968. Huile sur toile. Collection particulière Meerbusch, Allemagne. |
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Gerhard Richter. Deux sculptures pour un espace de Palermo. Plâtre peint en gris sur socle de bois.
The George Economou Collection.
À la fin des années 1960, Richter et sa femme Ema se lient d’une étroite amitié avec Blinky Palermo, que Richter avait rencontré à l’académie des Beaux-Arts de Düsseldorf. Ema coud alors certaines des peintures sur tissu de Palermo et Richter et Palermo se rendent ensemble à New York en 1970. Au début de l’année 1971, Palermo expose une peinture ocre jaune recouvrant les quatre murs d’une pièce dans une galerie de Munich. Comme Richter le racontera plus tard: «J’ai beaucoup aimé, et dit qu’il fallait [ajouter] des sculptures...
J'ai fait un moulage en plâtre de son visage, il m’a aidé à réaliser le mien, et j’ai modelé le reste: la tête, les cheveux, les oreilles, l'arrière de la tête.»
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Gerhard Richter. Pont (sur la plage), 1969. Huile sur toile. Collection particulière. Courtesy Neues Museum Nürnberg. |
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Gerhard Richter. Champ vert, 1969. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Pont de Ruhrtal, 1969. Huile sur toile. Courtesy Hauser & Wirth Collection Services.
Parallèlement aux compositions expressives flirtant avec l'abstraction, Richter commence à s’inspirer d’images conservées dans son Atlas et à traduire ses propres photographies du paysage de la Ruhr en peintures d’une beauté très raffinée. Ces œuvres, qui font écho à Caspar David Friedrich et à la tradition paysagiste européenne du début du XIXe siècle, ouvrent la voie aux paysages néo-romantiques de la décennie suivante. |
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Gerhard Richter. Lac des Quatre-Cantons, 1969. Huile sur toile. Collection Daros, Suisse. |
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Gerhard Richter. Nuages (bleu), 1970. Huile sur toile. Collection particulière, Meerbusch, Allemagne.
Richter commence à étudier les nuages, comme il l’a fait des lacs, pour vérifier si la notion de «beauté idéale» trouve sa place dans Le monde contemporain. Il estime que la peinture romantique participe toujours de notre sensibilité et qu’elle nous parle encore. À cette époque, il s'intéresse à la manière de créer des images plutôt que des peintures, et cette distinction reste importante pour lui, même lorsqu'il peint des tableaux gris qu’il considère comme des «images de rien». |
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Gerhard Richter. Mao, 1970. Photographie noir et blanc sur papier. Lothar Schirmer, Munich.
Créé au plus fort de la guerre froide, ce portrait issu d’un journal que l'artiste a photographié puis agrandi, représente Mao Zedong, dirigeant politique de la Chine communiste. Basée sur une photographie officielle, l’image floue confère à la tête de Mao une qualité spectrale, alliant une aura de puissance et d’inaccessibilité à l'immédiateté d’une affiche de propagande. Le portrait est un genre important pour Richter, Mao et la reine Élisabeth II étant des exemples particulièrement poignants de cette période. Présentée dans un cadre réalisé par l'artiste lui-même, cette image précède de deux ans la série Mao d’Andy Warhol. |
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Gerhard Richter. Constellation, 1969. Huile sur toile.
Collection particulière, Allemagne.
Ces trois petits tableaux font partie d’un ensemble de 19 de même format représentant les Alpes suisses, des paysages urbains, une marine et six «constellations». Richter a toujours été intrigué par les illustrations des revues scientifiques montrant dans une image apparemment vide des points au loin, qui ne sont identifiables comme galaxies que par la légende ou le texte. Une image «de rien», ou apparemment abstraite, prend tout son sens grâce à son titre. Le grand tableau, à gauche, fait plus nettement référence au ciel nocturne, mais reste néanmoins ambigu.
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Gerhard Richter. Marine (légèrement nuageuse), 1969. Huile sur toile. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Gerhard Richter. Marine (nuageux), 1969. Huile sur toile. Collection particulière. Courtesy Neues Museum Nürnberg.
Au cours d’une période intense de recherche sur les différentes façons de réaliser une peinture, Richter développe ces marines romantiques aux ciels nuageux en assemblant par collage une photographie de la mer et une autre du ciel. Pour lui, la réussite de l'œuvre est fonction de la justesse de l'atmosphère suggérée par la combinaison des images. |
Galerie 2 - 1971-1975 -
REMISE EN QUESTION DE LA REPRÉSENTATION
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Scénographie |
REMISE EN QUESTION DE LA REPRÉSENTATION
Les années 1970 sont une autre décennie féconde où Richter interroge la peinture dans différents groupes d'œuvres. Les «dépeintures» offrent un contrepoint aux tableaux peints d’après photographies. Invité à représenter l'Allemagne à la 36e Biennale de Venise, en 1972, l'artiste se saisit de cette opportunité pour réaliser un cycle destiné à ce lieu spécifique: la série des 48 Portraits créée pour la salle centrale du Pavillon néo-classique allemand. |
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Inspiré par ce séjour vénitien, Richter réalise un ensemble de toiles d’après l’ Annonciation de Titien dans lequel le motif se dissout progressivement sous l'effet de l’estompage. En 1974 se tient la première exposition montrant exclusivement ses peintures grises, sorte de réfutation des notions admises sur la figuration et l’abstraction. Avec les Nuanciers de grand format peints au même moment, l'artiste introduit dans sa peinture des procédés aléatoires.
En 1970, accompagné de Palermo, il se rend à New York où ils rencontrent des artistes majeurs de leur génération. En 1971, Richter expose un vaste choix d'œuvres à la Kunsthalle de Düsseldorf; la même année, il est nommé professeur de peinture à l’académie des Beaux-Arts de cette ville, où il enseignera jusqu’en 1994. En 1972,
Richter se rend au Groenland; les impressions qu'il y reçoit inspireront, une décennie plus tard, des peintures d’icebergs.
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Texte du panneau didactique.
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Gerhard Richter. Vue de parc, 1971. Huile sur toile. Collection particulière, Allemagne.
Cette peinture, inspirée d’une photographie d’un parc à Düsseldorf, a été conçue par Richter comme «un prétexte pour introduire le geste dans la peinture». Ses marques pouvaient se faire gestuelles dans ses petites peintures, mais le fait de prendre la nature pour sujet manifeste lui permet de contrôler l’image dans son ensemble à grande échelle. La peinture a été réalisée rapidement en usant d’une douzaine de couleurs que Richter avait préalablement mélangées. |
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Gerhard Richter. Rouge-bleu-jaune, 1973. Huile sur toile. Institut d'art Contemporain, Villeurbanne / Rhône-Alpes.
Les peintures Rouge-Bleu-Jaune sont nées d’un intérêt constant pour la couleur, suscité par les Nuanciers, et désormais associé à une touche gestuelle et libre caractéristique des dépeintures (Inpaintings) du début des années 1970. La prédominance du rouge et du bleu, associés à des rehauts de jaune et de blanc, se retrouve dans les peintures du XVIe siècle que Richter a vues à Venise alors qu’il participait à la Biennale en 1972, qui l'ont également incité à peindre une version de l’Annonciation de Titien. |
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Gerhard Richter. Rouge-Bleu-Jaune, 1973. Huile sur toile. Collection particulière, Suisse. |
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Gerhard Richter. Rouge-Bleu-Jaune, 1973. Huile sur toile. Collection particulière, Allemagne. |
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Scénographie |
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48 Portraits, 1971-1972.
Huile sur toile. Museum Ludwig, Cologne / Donation Ludwig Collection 1994.
En 1971, Richter est invité à représenter l'Allemagne à
la Biennale de Venise de 1972. Il conçoit une installation spécifique composée de 48 portraits de scientifiques, d'écrivains, de compositeurs et de philosophes. La sélection, tirée d'une encyclopédie, inclut délibérément des personnalités dont Richter ne connaît pas le travail, et il exclut les artistes plasticiens et des intellectuels célèbres tels que Sigmund Freud, car il souhaite atteindre à une certaine neutralité. Pour réaliser cette série, Richter s'est fixé comme objectif de peindre deux portraits par jour, un «travail» comme n'importe quelle autre activité manuelle. Les portraits étaient accrochés au-dessus de la ligne du regard dans la salle centrale du Pavillon allemand. Richter s'intéressait alors à la manière de présenter les images en lien avec l'architecture, comme en témoignent les nombreuses études de cette période présentes dans l'album Atlas.
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Plaquette d'identification.
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Texte du panneau didactique. |
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Scénographie |
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Mur de droite |
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Mur du fond |
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Mur de gauche, partie gauche. |
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Mur de gauche, partie droite. |
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Dessins 1964-1978
En 1964, Richter commence, parallèlement à la peinture, à copier des photos de presse à l'aide d'un crayon à papier. Ces dessins ne servent pas d'études à des tableaux car ceux-ci sont esquissés directement sur la toile. Contrairement aux dessins des peintres américains du Pop Art, les travaux de Richter ne montrent pas de sujets tapageurs, spectaculaires, et leur exécution est tout en retenue.
Richter entreprend très tôt d’expérimenter ce médium: en 1966, il exécute un dessin en insérant un crayon dans une perceuse et en manœuvrant celle-ci sur le papier afin d'obtenir des marquages incontrôlés.
Alors qu'il assurait une vacation de professeur invité au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax, Richter, ne disposant pas d'un atelier de peinture, travailla à un cycle important de dessins de petit format, des tableaux abstraits imaginaires par lesquels il cherchait à prendre ses distances vis-à-vis de l'abstraction moderniste et d’après-guerre. Les 66 dessins font pendant aux 128 Fotos von einem Bild [128 détails d'une image] exposés en galerie 4.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Tramway électrique, 1965. Graphite sur papier. Deutsche Bank Collection. |
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Gerhard Richter. 2.1.78, 1978. Aquarelle sur papier. Schönewald. Düsseldorf. |
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Gerhard Richter. 2.1.78, 1978. Aquarelle sur papier. Collection particulière, Allemagne. |
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Gerhard Richter. 2.1.78, 1978. Aquarelle sur papier. Kunst Museum Winterthur, Dauerleihgabe des Künstlers, 1997. |
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Gerhard Richter. 2.1.78, 1978. Aquarelle sur papier. Kunst Museum Winterthur, Dauerleihgabe des Künstlers, 1997. |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. 2.1.78, 1978. Aquarelle sur papier. Kunst Museum Winterthur, Dauerleihgabe des Künstlers, 1997. |
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Gerhard Richter. Éruption d'un grand geyser, 1964. Graphite sur papier. Charlotte Weidenbach, Stuttgart. |
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Gerhard Richter. Gris, 1974. Huile sur toile. MKM Museum Küppersmühle für Moderne Kunst, Duisburg, Germany, Ströher Collection. |
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Gerhard Richter. Gris, 1972. Huile sur toile. Fondation Louis Vuitton, Paris.
Richter a commencé à peindre des tableaux gris à la fin des années 60. «Je l’ai fait parce que je ne savais pas quoi peindre, ni ce qu'il y avait à peindre. Au fil du temps, j'ai observé des différences de qualité entre les surfaces grises. Le gris ne dit rien, il n’évoque ni sentiments ni associations. Il a la capacité, que nulle autre couleur ne possède, de rendre “rien” visible». Les peintures grises de Richter ont souvent été associées au minimalisme, mais il a toujours affirmé qu'elles étaient le fruit de sa propre exploration de différentes approches pour trouver un moyen de faire des «images de rien». |
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Gerhard Richter. Gilbert & George, 1975. Huile sur toile. Collection Gilbert & George.
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Gerhard Richter. Gilbert & George, 1975. Huile sur toile. Collection Gilbert & George.
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Richter appréciait Gilbert & George «avant tout en tant qu'outsiders» et pour «leur dimension très nostalgique». Il était impressionné par «la façon dont ils considéraient leur indépendance comme une évidence». Il se souvenait qu'ils avaient été «les premiers à aimer [s]es paysages». Les photographies à exposition multiple des deux artistes renvoient aux premières photographies prises par Gilbert & George les montrant dans des intérieurs anglais. |
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Scénographie |
Annonciation d’après Titien, 1973
Il s'agit du premier cycle de peintures réalisé par Richter, qui peut être considéré comme une prise de position polémique contre le modernisme et l'affirmation de sa capacité à peindre la «beauté» où ce qu'il voulait. L'image reprend une carte postale du tableau trouvée alors que Richter était à Venise pour la Biennale en 1972. Au départ, il voulait simplement en réaliser une copie, trouvant le Titien magnifique et souhaitant en avoir sa version propre. Il ne parvint pas à réaliser une copie satisfaisante et commença progressivement à dissoudre l'image du Titien, la décomposant et s'orientant vers l'abstraction, dans une approche de la pratique picturale qu'il avait explorée dans les dépeintures (Inpaintings) et dans la série Rouge-Bleu-Jaune.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Annonciation d’après Titien, 1973. Huile sur toile. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington DC, Joseph H. Hirshhorn Purchase Fund, 1994. |
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Gerhard Richter. Annonciation d'après Titien, 1973. Huile sur toile. Kunstmuseum Basel. Erworben mit Mitteln von Jacques Herzog und Pierre de Meuron (Herzog & de Meuron JP AG), Basel 2014. |
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Gerhard Richter. Annonciation d’après Titien, 1973. Huile sur toile. Kunstmuseum Basel. Erworben mit Mitteln von Jacques Herzog und Pierre de Meuron (Herzog & de Meuron JP AG), Basel 2014. |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. 1024 couleurs, 1973. Laque sur toile. Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris.
Après les premières images de nuanciers basées sur des modèles commerciaux utilisés par les décorateurs, Richter développe un système générant une structure pour ses nuanciers. Comme il l'explique, «Le point de départ est constitué des quatre couleurs pures, rouge, jaune, vert et bleu: leurs nuances intermédiaires et leur degré de luminosité donnent naissance à des combinaisons de couleurs comprenant 16, 64, 256 et 1024 nuances. Il serait inutile d'utiliser davantage de couleurs, car il serait impossible de les distinguer nettement». Dans 4096 couleurs, seules 1024 nuances sont utilisées, mais chacune est déployée quatre fois. La position de chaque nuance est déterminée par le hasard et non par une règle.
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Gerhard Richter. 4096 couleurs, 1974. Laque sur toile. Yageo Foundation Collection, Taïwan. |
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Chronologie (début)
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Gerhard Richter. Volker Bradke, 1966. Film 16 mm, n/b, 4 min 32 s.
© Gerhard Richter 2025 (16102025), Courtesy Gerhard Richter Archiv Dresden..
Seul film d'artiste de Gerhard Richter, Volker Bradke (1966) montre son jeune protagoniste, qui fréquentait alors avec ardeur la scène artistique, dans des images floues en noir et blanc. Lorsque la galerie Schmela, à Düsseldorf, déménagea à la fin de l'année 1966, sept de ses artistes, parmi lesquels Heinz Mack, Sigmar Polke, Joseph Beuys et Gerhard Richter, organisèrent une fête d'adieu d’une semaine dans ses anciens locaux. Intitulée «Volker Bradke», la contribution de Richter se tint le jeudi 13 décembre.
L'exposition, qui dura la journée entière, montrait un portrait peint de Volker Bradke, complété par un assemblage de photographies ainsi qu'une banderole ondoyant au-dessus de la porte, à l'extérieur de la galerie. Le clou de l'événement fut la présentation du film d'artiste Volker Bradke, qui connut là sa première et que Richter présenta environ dix fois au cours de la journée. Outre le personnage donnant son titre au film, on y reconnaît vaguement l'artiste en personne. Quelques jours après la manifestation, Gerhard Richter confiait à son galeriste munichois Heiner Friedrich à propos du film: «Je sais maintenant que le prochain sera meilleur (plus captivant), que son point fort c'est l’idée (film flou).» Volker Bradke, cependant, demeura l'unique tentative de Richter pour adapter le principe du flou issu de sa peinture aux images en mouvement du médium filmique.
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Galerie 4 - 1976-1986 - EXPLORER L'ABSTRACTION
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EXPLORER L'ABSTRACTION
En 1976, Gerhard Richter peint son premier tableau abstrait de grand format, Konstruktion [Construction], qui marque le début de l’abondante série des Abstrakte Bilder [Tableaux abstraits]. Occupant une place centrale dans son œuvre dans les années 1980, ces tableaux sont exposés pour la première fois en 1978, à Eindhoven et à Londres.
C'est à la même époque qu'ont lieu les premières rétrospectives consacrées à la peinture de Richter, ainsi qu'une exposition personnelle au Centre Pompidou en 1977. En 1978, professeur invité au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax, Canada, Richter y développe de nouvelles pratiques avec un regard critique sur son œuvre.
En 1986, une rétrospective est présentée successivement à Düsseldorf, Berlin, Berne et Vienne et le premier catalogue raisonné paraît à cette occasion. Les aquarelles offrent alors à Richter un nouveau champ d'exploration, ces œuvres de petit format sont exposées pour la première fois à la Staatsgalerie de Stuttgart en 1985.
En 1976, Richter rencontre la sculptrice Isa Genzken, qu'il épousera en 1982. L'année suivante, ils s'installent dans une maison-atelier à Cologne; outre les tableaux abstraits, il y peindra, pendant une décennie, des natures mortes aux sujets traditionnels tels que des crânes et des bougies ainsi que de nombreux paysages.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Betty, 1977. Huile sur panneau. Museum Ludwig, Cologne / Prêt d’une collection particulière. |
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Gerhard Richter. Betty, 1977. Huile sur toile. Collection particulière.
Ces deux images reprennent des photographies de la fille de Richter, Babette (Betty), à demi étendue sur une table. Elles furent peintes à une époque où Richter se consacrait presque entièrement à l’évolution de ses peintures abstraites basées sur des aquarelles et de petites esquisses à l'huile. La deuxième image était à l’origine également horizontale, mais Richter, insatisfait de son travail, continua à y travailler et opta finalement pour un format portrait plus conventionnel. Une troisième photographie ne sera utilisée qu’en 1988, lorsque Richter réalisera une peinture représentant Betty se détournant de l'appareil photo. |
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LGerhard Richter. Tableau abstrait, 1976. Huile sur toile. Collection Deborah & George W. Couch III. |
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Gerhard Richter. Construction, 1976. Huile sur toile. Collection particulière. Courtesy of Neues Museum Nürnberg.
Ce tableau annonce un nouveau chapitre dans l’œuvre de Richter aboutissant à une vaste série de peintures abstraites colorées qui lui vaudront, au début des années 80, une reconnaissance internationale, notamment aux États-Unis. Le tableau a été peint par-dessus une autre œuvre, Fiktion 2, 1973, dont Richter n'était pas satisfait. Le caractère architectonique et la profondeur spatiale de l'image sont inhabituels dans les abstractions de Richter, qui présentent généralement un espace indéterminé et suscitent une sensation bien plus fluide et organique. |
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Gerhard Richter. Fleurs, 1977. Huile sur panneau. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1977. Huile sur contreplaqué. Institut für Auslandsbeziehungen, Stuttgart. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1979. Huile sur toile. Collection particulière, Belgique. |
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Gerhard Richter. 128 photographies d’une image II. Huit tirages offset en noir et gris sur carton blanc, recouverts de vernis.
Olbricht Collection.
Comme l'explique Richter: «Au cours de l'été 1978, j'ai photographié la surface d’une esquisse à l’huile sur toile [CR 432-5, anciennement intitulée Halifax] (précédemment exposée au Nova Scotia College of Art and Design). Les photographies ont été prises sous différents angles, à différentes distances et sous différentes conditions d'éclairage». Les 128 photographies obtenues ont été organisées en deux versions: dans l’une, elles sont reproduites à la suite entre les couvertures d’un livre, dans l’autre, elles sont présentées sous forme de grille. Le tableau et l'acte de le photographier ont pris une signification symbolique considérable pour Richter, qui a été photographié tenant le tableau dans une rue de Halifax.
Cliquer ici ou sur l'image pour voir un agrandissement
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Gerhard Richter. Trait (sur fond rouge), 1980. Huile sur toile. Collection Soest.
Ce tableau et son pendant, Strich (auf Blau) [Trait (sur fond bleu), 1979], ont été réalisés dans le cadre d'une commande du Kunst am Bau pour une nouvelle école à Soest. Ces peintures constituent une exploration plus approfondie de l'échelle, du geste et du tracé dans le processus d’agrandissement d’une image. Le trait semble avoir été tracé à l’aide d’une large brosse, mais en réalité la texture apparemment rugueuse de la peinture étirée à la «brosse» à la surface de la toile a été obtenue en usant de petits pinceaux.
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Gerhard Richter. Miroir, 1981. Kunsthalle Düsseldorf.
Lorsqu'en 1981, la Kunsthalle de Düsseldorf confronte dans une exposition l'œuvre peint de Gerhard Richter et celui de Georg Baselitz, Richter accroche deux grands miroirs horizontaux parmi les tableaux; ni les uns ni les autres ne sont encadrés. Son intention n'était pas de provoquer, mais d'exprimer ses réflexions sur la notion de tableau. L'image miroir n'a pas à être fabriquée, elle préexiste toujours. Elle montre une surface homogène dépourvue de perspective et s’insère dans la réalité sans qu'on puisse, pour ainsi dire, l'en distinguer. Lorsqu'on lui demanda si le miroir était l'artiste parfait, Richter répondit: «On dirait».
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1979. Huile sur toile. Collection particulière, Suisse. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1978. Huile sur toile. Tate. Achat 1979.
Ce grand tableau trouve son origine dans une petite esquisse à l'huile, visible à droite. Richter explorait différentes sources d'inspiration pour une image peinte qu'il pourrait utiliser comme modèle pour de grandes peintures abstraites. Au départ, il s’inspira d’un ensemble d’aquarelles et des restes de peinture sur sa palette. Puis il commença à sélectionner des détails de peintures à l'huile et à les agrandir pour en faire des œuvres autonomes. Enfin, il réalisa un groupe de petites peintures à l'huile qu’il utilisa comme modèles pour des versions beaucoup plus grandes, telle celle-ci. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1978. Huile sur toile. Tate. Achat 1979. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1980. Huile sur panneau. Collection particulière, Cologne. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1980. Huile sur toile. Collection particulière, Allemagne.
Vers la fin des années 1970, Richter a peint plusieurs esquisses à l'huile de petit format afin de tester des idées pour des peintures abstraites. Certaines d’entre elles servirent ensuite de modèles pour des peintures de grand format. L'œuvre présentée ici, que l’artiste a basculée à la verticale puis agrandie avant de la projeter sur une autre toile, a servi d'esquisse pour le panneau de droite du grand triptyque Faust, visible dans la salle suivante. |
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Gerhard Richter. Porte, 1982. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Faust, 1980. Huile sur toile. Yageo Foundation Collection, Taïwan.
Cette peinture est la dernière des abstractions colorées basées sur une photographie, une peinture ou une aquarelle. Par la suite, les images seront totalement libres et déterminées uniquement par le geste et le mouvement de la main de l'artiste, modifiées par des grattages lorsque Richter n'est pas satisfait ou juge l’image incomplète. Le titre Faust a été choisi pour inciter le spectateur à considérer cette peinture colorée et tumultueuse comme une métaphore des feux de joie protecteurs lors de la nuit de Walpurgis (30 avril-1er mai), dans le nord de l'Europe. |
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Gerhard Richter. Carotte, 1984. Huile sur toile. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Gerhard Richter. Lilas, 1982. Huile sur toile. Fondation Louis Vuitton, Paris.
Lilak fait partie d’une série de peintures abstraites élégiaques que l'artiste réalise à partir de 1982 sous forme de diptyques monumentaux. Comme toujours dans ses peintures abstraites, l'artiste recourt à de multiples outils - pinceaux, racloirs, couteaux, spatules et autres brosses de différentes tailles - pour traiter chaque zone chromatique par des effets de matière. La composition répond à une construction de lignes, de colonnes et de traits où couleurs et formes se superposent, se recouvrent et s’effacent pour créer l'illusion de la profondeur. Pour Richter une abstraction donne toujours à voir quelque chose. Ici, le bleu dans les coins du tableau semble évoquer le ciel dans une référence naturaliste. La facture gestuelle associée à des couleurs franches - vert, jaune et bleu - dégage énergie et profusion. |
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Gerhard Richter. Athènes, 1985. Huile sur toile. Frac Grand Large - Hauts-de-France. |
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Gerhard Richter. Crâne, abstrait, 1983. Huile sur toile. Betty B. Harris Family Collection, courtesy Peter Freeman, Inc. |
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Gerhard Richter. Bouteille avec pomme, 1988. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Kerze [Bougie], 1982 (CR 511-1). Huile sur toile, 95 x 90 cm. Collection Institut d’art contemporain, Villeurbanne/Rhône-Alpes. Hirshhorn Purchase Fund, 1994. © Gerhard Richter 2025 (18102025).
À l'instar des crânes peints par Richter à la même époque, cette œuvre s'inscrit dans la tradition picturale du memento mori, rappelant avec force le caractère inéluctable de la mort. «J'ai toujours voulu faire de beaux tableaux» dit l'artiste. «Quand j'ai peint les bougies... j'ai éprouvé des sentiments liés à la contemplation, au souvenir, au silence et à la mort». En 1995, une grande reproduction d’un des tableaux de Richter représentant deux bougies fut exposée dans l’espace public à l’occasion du Cinquantenaire du bombardement de Dresde. |
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Gerhard Richter. Crâne, 1983. Huile sur toile. Neue Nationalgalerie, Stiftung Preufischer Kulturbesitz. Prêt de la Gerhard Richter Kunststiftung. |
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Gerhard Richter. Davos, 1981. Huile sur toile. Gerhard Richter Archiv, Staatliche Kunstsammlung Dresden. Prêt d’une collection particulière. |
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Gerhard Richter. Glace, 1981. Huile sur toile. Ruth McLoughlin, Monaco.
En 1972, Richter effectua un voyage de deux semaines au Groenland dans l’idée de prendre des photos qui évoqueraient Le Naufrage du Hope de Caspar David Friedrich. Bon nombre de ces images furent publiées dans un livre en 1981 et 2011, puis reprises dans Atlas. Certaines ont ensuite inspiré quatre marines, en 1975, cette œuvre de 1981 et deux peintures représentant un iceberg en 1982. Richter a pour habitude de consigner dans son album Atlas des documents et des images et de venir plus tard y puiser des sources d'inspiration pour ses peintures. |
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Gerhard Richter. Grange, 1983. Huile sur toile. Art Gallery of Ontario, Toronto. Achat 1985.
Lorsqu'il rassemble des images pouvant servir de documents de base pour ses paysages, Richter préfère prendre ses propres photos. Très souvent, la scène semble extrêmement «banale» et délibérément non pittoresque, il s'agit souvent d’une scène que personne d'autre ne jugerait digne d’être documentée. Richter prend ces photos dans des contextes ruraux et urbains, choisissant souvent ce qui ressemble à un coin oublié. La plupart de ces images ont été prises en Rhénanie ou dans des régions montagneuses, notamment en Suisse et dans les Alpes. |
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Gerhard Richter. Troisdorf, 1985. Huile sur toile. Droege Art Collection. |
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Gerhard Richter. Venedig (Treppe) [Venise (escalier)], 1985 (CR 586-3). Huile sur toile, 51,4 x 71,8 cm. The Art Institute of Chicago. Gift of Edlis Neeson Collection. © Gerhard Richter 2025 (18102025). |
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Gerhard Richter. Venise (île), 1985. Huile sur toile. Yageo Foundation Collection, Taïwan. |
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Vidéo.
Hannes Reinhardt. In der Werkstatt: Gerhard Richter, 1969. Reportage télévisé, couleur, 13 min 35 s. © Gerhard Richter 2025 (16102025). Courtesy Gerhard Richter Archiv Dresden.
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Galerie 5 - 1987-1995 - SOMBRE RÉFLEXION
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Scénographie |
SOMBRE RÉFLEXION
À la fin des années 1980, Gerhard Richter se consacre de nouveau à la conception de séries. Ainsi, en 1988, il peint le cycle 18. Oktober 1977 [18 octobre 1977], dans lequel il se penche sur un thème difficile et discuté emprunté à l’histoire allemande récente. Ces tableaux, qui suscitent de vives réactions en Allemagne, sont exposés dans un premier temps à Krefeld et Francfort.
Les paysages calmes et le portrait intime de sa fille Betty, que Richter exécute au même moment, semblent s'inscrire en contrepoint de ces œuvres. Les notes et entretiens publiés en 1993 dans un livre intitulé Text témoignent des réflexions auto-critiques que l'artiste consacre à la peinture.
L'œuvre de Richter rencontre un intérêt croissant en Amérique du Nord. En 1988, une rétrospective itinérante est montrée à Toronto, Chicago, Washington et San Francisco. En 1995, le Museum of Modern Art de New York fait l'acquisition du cycle 18. Oktober 1977. En Europe, Richter est également considéré comme un artiste phare de sa génération parvenant à conjuguer dans son œuvre tableaux figuratifs et abstraits. Il ne cesse toutefois de surprendre, par exemple lorsqu'il crée des miroirs colorés qui échappent à cette confrontation.
Le portrait Lesende [Femme lisant] annonce un tournant dans la vie de Richter. En 1995, il épouse Sabine Moritz; la même année naît leur fils Moritz. L'artiste s'empare de ce sujet dans le cycle de tableaux S. mit Kind [S. avec enfant].
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. S.D., 1985. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Angle de cathédrale, 1987. Huile sur toile. The Heyman Family Collection, United States.
Domecke n’est ni un paysage ni une vue de ville; le tableau montre un fragment insignifiant tel qu’il s'offre aux regards des passants, au pied de la cathédrale de Cologne. Des fenêtres gothiques se heurtent à des lampadaires modernes et à un arbre étroit au feuillage dense. La scène serait dénuée de pertinence si elle n'était pas scindée par un rayon de lumière vertical apportant un éclat à la banalité du lieu. On pourrait voir dans ce tableau un instant d'épiphanie. Cependant, la peinture de Richter, conditionnée par la photographie, restitue le rayon avec une clarté excessive qui se refuse à tout commentaire. |
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Gerhard Richter. Betty, 1988. Huile sur toile. Saint Louis Art Museum. Funds given by Mr. and Mrs. R. Crosby Kemper, Jr. through the Crosby Kemper Foundations, The Arthur and Helen Baer Charitable Foundation, Mr. and Mrs. Van-Lear Black III, Anabeth Calkins and John Weil, Mr. and Mrs. Gary Wolff, the Honorable and Mrs. Thomas F. Eagleton; Museum Purchase, Dr. and Mrs. Harold J. Joseph, and Mrs. Edward Mallinckrodt, by exchange.
Après une interruption de plus de dix ans, Richter choisit de nouveau de peindre un tableau d’après une des photos de jeunesse qu'il a prises de sa fille Betty. On la voit au moment où elle se détourne du photographe et échappe au regard du peintre et du spectateur – la jeune femme représentée n'est donc précisément pas montrée. Si son choix obéit à une impulsion subjective, cette photo évoque aussi des portraits anciens, ainsi ceux des peintres hollandais du XVIIe siècle, dans lesquels la femme représentée se détourne par timidité ou par coquetterie et interroge, ce faisant, son rapport au spectateur. |
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Gerhard Richter. Chinon, 1987. Huile sur toile. Leeum Museum of Artl. |
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Gerhard Richter. Apfelbäume [Pommiers], 1987 (CR 650-1). Huile sur toile, 67 x 92 cm. Collection particulière. © Gerhard Richter 2025 (18102025). |
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Scénographie |
18 octobre 1977, 1988
The Museum of Modern Art, New York. The Sidney and Harriet Janis Collection, gift of Philip Johnson, and acquired through the Lillie P. Bliss Bequest (all by exchange); Enid À. Haupt Fund; Nina and Gordon Bunshaft Bequest Fund; and gift of Emily Rauh Pulitzer, 1995.
Le titre de ce cycle de quinze peintures fait référence à la date du suicide, dans la prison de Stammheim, de quatre membres du groupe Baader-Meinhof de la Fraction armée rouge accusés d’une série d’attentats à la bombe, d'assassinats et d'enlèvements. Comme l'écrit Richter: «Je me souviens que j'avais le sentiment de devoir éviter toutes ces photos sensationnelles, la femme pendue, l’homme qui s'était tiré une balle, etc. J’ai rassemblé beaucoup de matériel, y compris un certain nombre de photos banales et sans intérêt, puis, au cours de mon travail, je suis revenu aux images mêmes que j'avais voulu éviter, celles qui résumaient les différentes histoires». Richter poursuit: «Toutes les images sont ternes, grises, pour la plupart très floues, diffuses. Leur présence est l'horreur et le refus difficile à supporter de répondre, d'expliquer, de donner une opinion. Je ne suis pas sûr que ces images “demandent” quoi que ce soit; elles provoquent une réaction par leur désespoir et leur désolation, leur absence de parti pris.» Le groupe comprend les protagonistes décédés, un portrait de la jeune Meinhof et un grand enterrement non spécifié.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Pendue, 1988. Huile sur toile. |
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- Gerhard Richter. Morte, 1988. Huile sur toile.
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Gerhard Richter. Morte, 1988. Huile sur toile.
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Gerhard Richter. Morte, 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Morte, 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Arrestation (2), 1988. Huile sur toile. |
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LGerhard Richter. Mort par balle (1), 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Mort par balle (2), 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Cellule, 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Portrait de jeunesse, 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Confrontation (2), 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Confrontation (3), 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Enterrement, 1988. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Tourne-disque, 1988. Huile sur toile. |
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Scénographie
Richter décrivit un jour sa méthode de travail en invoquant les éléments qui la composent, «l'arbitraire, le hasard, l'inspiration et la destruction». Il entendait par destruction la dernière phase de travail, au racloir, qui efface ce qui relève encore de la composition et de l'intention, laissant paraître une surface accidentée et rugueuse. Dans les trois diptyques abstraits de couleur sombre, intitulés d’après les mois d’hiver, l'acte de détruire se dote d’une dimension tragique. Les tableaux, en effet, semblent faire écho à la série Octobre, comme si Richter s’interdisait, ici encore, le moindre reliquat d’affirmation picturale.
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Gerhard Richter. Janvier, 1989. Huile sur toile. Saint Louis Art Museum. Funds given by Mr. and Mrs. James E. Schneithorst, Mrs. Henry L. Freund, and the Henry L. and Natalie Edison Freund Charitable Trust; and Alice P. Francis, by exchange. |
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Gerhard Richter. Décembre, 1989. Huile sur toile. Saint Louis Art Museum. Funds given by Mr. and Mrs. Donald L. Bryant, Jr., Mrs. Francis A. Mesker, George and Aurelia Schlapp; Mr. and Mrs. John E. Simon, and the estate of Mrs. Edith Rabushka in memory of Hyman and Edith Rabushka, by exchange. |
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Gerhard Richter. Novembre, 1989. Huile sur toile. Saint Louis Art Museum. Funds given by Dr. and Mrs. Alvin R. Frank and the Pulitzer Publishing Foundation. |
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Gerhard Richter. Squat, 1989. Huile sur toile. Neue Nationalgalerie, Stiftung Preufischer Kulturbesitz, prêt de la Gerhard Richter Kunststiftung. |
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Gerhard Richter. I.G., 1993. Huile sur toile. Collection Contemporary Art “la Caixa” Foundation.
Après s'être séparé d’Isa Genzken, sa deuxième épouse, Richter peignit d’elle une série de nus de dos. Le modèle n'est pas reconnaissable; contrairement à Betty dans le portrait de 1988, la jeune femme ne se détourne pas spontanément, d’un geste de la tête, du spectateur. Peinte dans des tons pâles et la tête baissée, elle se tient, telle une figure anonyme, dans un espace gris non identifiable. Le choix de la prise de vue ainsi que sa restitution laissent penser que Richter, à un tournant de sa vie personnelle, est en quête de distance émotionnelle. |
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Gerhard Richter. Gudrun, 1987 (CR 633). Huile sur toile, 250 x 250 cm. Fondation Louis Vuitton, Paris. Crédit photo: Primae / Louis Bourjac. © Gerhard Richter 2025 (18102025).
Gudrun est réalisé notamment avec un racloir qui, par frottement de la surface peinte, produit un trait de couleur agrandi. Chaque application révèle ainsi des couches antérieures, dans un processus alternant création et destruction. Le titre de l’œuvre fait référence à Gudrun Ensslin, membre fondatrice de la Fraction armée rouge, établissant un lien avec la série 18. Oktober 1977 qui commémore la mort de quatre membres du réseau terroriste. |
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Gerhard Richter. Forêt (3), 1990. Huile sur toile. Fondation Louis Vuitton, Paris.
Le motif de la forêt occupe une place particulière dans l’iconographie du romantisme allemand. Gerhard Richter l’évoque régulièrement dans des peintures figuratives d’après photos comme dans des abstractions où se lit l’ambivalence d’un espace qui peut être perçu comme danger ou protection. Un ample mouvement de la gauche vers la droite déchire un voile noir pour laisser percer des strates successives de couleurs vives, action caractéristique du racloir donnant lieu à des moirures et à des effets de flou. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1992. Huile sur toile. Daros Collection, Suisse. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1992. Huile sur aluminium. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1992. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Miroir d'angle, brun-bleu, 1991.
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Gerhard Richter. Miroir d'angle, vert-rouge, 1991.
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Verre avec couche colorée. ARTIST ROOMS Tate and National Galleries of Scotland. Acquired jointly with the National Galleries of Scotland through
The d’Offay Donation with assistance from the National Heritage Memorial Fund and the Art Fund 2008.
Dans les années 1980, Richter fait fabriquer des miroirs gris individuels qui ne sont ni de simples miroirs ni des tableaux monochromes, mais les deux à la fois. Vers 1990 suivront des miroirs recouverts d’une couche de peinture rouge sang puis des miroirs d'angle de différentes couleurs. En raison de leur position, ceux-ci reflètent, non seulement le spectateur mais aussi le miroir accroché à côté et formant un angle avec eux. Ils illustrent l’idée selon laquelle tableau et miroir ou plutôt miroir et miroir se répondent l’un l’autre et n'ont pas besoin d’un tiers. Leurs couleurs, quant à elles, correspondent à celles des tableaux abstraits exécutés à la même époque.
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile. Hamburger Kunsthalle, (827-1) à (827-8) (827-1), (827-5), (827-6) sont des prêts permanent de la Stiftung für die Hamburger Kunstsammlungen.
Ces images intimes de la nouvelle épouse de Richter, Sabine, allaitant leur premier enfant, Moritz, proposent une exploration contemporaine du thème universel de la mère et l'enfant. Richter évoque souvent sa propension à «détruire» un motif, à tempérer la perfection. Dans cette série de huit tableaux, il a délibérément créé des «images douces, d’autres audacieuses», comme on pourrait en trouver dans une œuvre musicale. «J’en ai estompé et gratté (une) plus parcimonieusement... dans une tentative de créer un motif kitsch de type Salon en conjuguant le ringard et le sentimental». |
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile.. |
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. S. et enfant, 1995. Huile sur toile. |
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Gerhard Richter. Chicago, 1992. Huile sur toile. Walker Art Center, Minneapolis. Gift of Martha and Bruce Atwater, 2022. |
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Gerhard Richter. Passage (Leipzig), 1990. Huile sur toile. Würth Collection, Allemagne.
En 1989, la frontière intérieure de l'Allemagne disparut et le pays natal de Richter fut de nouveau accessible. L'artiste se garda d'y retourner et Passage (Leipzig) est l'unique tableau montrant une vue de l’ancienne RDA. Évitant l’écueil de la peinture officielle, cette vue cependant pourrait être celle d’un quelconque autre lieu. Les quatre arbustes, censés représenter la nature en plein centre-ville déserté, provoquent une sensation de malaise, et rien ne permet de distinguer où mène le passage obscur. Dans un entretien des débuts, Richter qualifiait l'œuvre d’analogie de la réalité: «Quand je reproduis un objet, c’est également une analogie de ce qui existe; je m'efforce purement et simplement de saisir l’objet en le reproduisant».
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 1990. Huile sur toile. Collection particulière.
Outre les cycles de grands tableaux abstraits qui dominent dans la peinture de Richter à la fin des années 1980, de plus petits tableaux isolés voient régulièrement le jour, qui se distinguent par leur singularité. Parmi eux cette toile, où les couches de peinture sont si délicatement appliquées qu'aucune ne prend le dessus et que la polyphonie est intacte. Ouverte et ne montrant aucune direction, la peinture accomplit ici ce que Richter espérait de l’abstraction - un tableau sans principe ni dogme, sans intention ni fondement théorique, qui naît du seul processus pictural au cours duquel la concentration du peintre se porte sur ce qu'il ne sait pas ni ne connaît. |
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Galerie 6 - 1983-2008 - SUR PAPIER
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Scénographie |
SUR PAPIER
Pour Richter, le dessin est une méthode de travail que l’on ne peut soumettre à un processus contrôlé; le dessin improvisé est l'antithèse de la peinture. Dans les années 1980, l'artiste dessine régulièrement; en 1999, une série de 45 dessins vient achever ce travail. La rétrospective présentée la même année au Kunstmuseum de Winterthur fait connaître ces œuvres pour la première fois.
Les dessins montrent des mouvements linéaires issus de l’écriture, qui se transforment en surfaces structurées et estompées, en paysages suggestifs. Malgré sa force expansive, le dessin se déploie dans un petit format tel qu'il convient à l'enregistrement direct. Outre les dessins, des aquarelles colorées voient le jour.
Le va-et-vient spontané entre création maîtrisée et surgissement incontrôlable est une méthode que Richter utilisera plus tard pour exécuter ses tableaux. Si elles sont rares à voir le jour dans les années 1990, ces œuvres trouvent un écho dans des travaux à l'huile sur papier et sur photographies. Il est question, dans les photographies surpeintes [overpainted photographs], du rapport qu'entretiennent la reproduction photographique et le matériau pictural, de leur correspondance formelle et chromatique ou de leur disparité, du caractère privé des prises de vue instantanées, neutralisées par l'application de la peinture.
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Gerhard Richter. Prisonnier, 28.5.98, 1998. Graphite sur papier. Kunst Museum Winterthur, Schenkung des Künstlers, 1999. |
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Gerhard Richter. 27.8.85 (1), 1985. Graphite sur papier. Kunst Museum Winterthur, Ankauf mit Mitteln aus dem Fonds fur gemeinnützige Zwecke des Kantons Zürich, 1997. |
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Gerhard Richter. 4.10.85 (5), 1985. Graphite sur papier. British Museum, Londres. |
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Gerhard Richter. 28.2.86 (2), 1986. Graphite sur papier. Kunst Museum Winterthur, Ankauf mit Mitteln aus dem Fonds für gemeinnützige Zwecke des Kantons Zürich, 1997. |
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Gerhard Richter. 4. Mai 99, 1999. Graphite sur papier. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. 9.3.08 Grauwald, 2008. Laque sur photographie. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Gerhard Richter. 1.3.08 Grauwald, 2008. Laque sur photographie. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Gerhard Richter. 19.2.08 Grauwald, 2008. Laque sur photographie. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Gerhard Richter. 17.2.08 Grauwald, 2008. Laque et mine de plomb sur photographie. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Gerhard Richter. 17.3.86, 1986. Huile sur papier. Kunst Museum Winterthur, Schenkung des Galerievereins, 1997. |
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Gerhard Richter. 4.3.1986, 1986. Huile sur papier. Kunst Museum Winterthur, Schenkung des Galerievereins, 1997. |
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Gerhard Richter. Sans titre, 1991. Huile sur photographie en noir et blanc. Collection Steven Nelson & Shirley Sarna. |
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Gerhard Richter. Sans titre, 1991. Huile sur photographie en noir et blanc. Collection particulière, Allemagne. Germany; courtesy Sies + Höke, Düsseldorf. |
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Gerhard Richter. janv. 92, 1992. Huile sur photographie en noir et blanc. Collection particulière, Allemagne. Germany; courtesy Sies + Höke, Düsseldorf. |
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Gerhard Richter. 2. Nov. 89, 1989. Graphite et crayon sur papier. Collection particulière, Allemagne. |
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Gerhard Richter. 13.6.84, 1984. Aquarelle et crayon de couleur sur papier. Collection particulière, Düsseldorf. |
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Gerhard Richter. 28. Okt. 90, 1990. Aquarelle sur papier. Collection particulière, Düsseldorf. |
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Gerhard Richter. Colmar III, 7.2.84,1984. Aquarelle, craie et graphite sur papier. Collection particulière. Courtesy Anthony Meier Mill Valley, CA, United States. |
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Gerhard Richter. Florence III, 7.2.84, 1984. Aquarelle sur papier. Collection particulière, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne. |
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Gerhard Richter. Balle, 11 juin 1991, 1991. Encre de Chine (à la plume et au pinceau) sur papier. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. 7.1991, 1991. Encre de Chine sur papier. Kunst Museum Winterthur, Ankauf mit Mitteln aus dem Fonds für gemeinnützige Zwecke des Kantons Zürich, 1996. |
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Scénographie |
Gerhard Richter a créé, outre sa peinture, un corpus de tirages d'art volumineux et éclectique auquel appartiennent, de nombreuses publications. Il a en revanche toujours évité le terme de livre d'artiste, le jugeant trop traditionnel.
Son premier livre, conçu en collaboration avec son ami artiste Sigmar Polke (1941-2010), parut dès 1966. Dans des livres plus tardifs, tels que War Cut (2004), Wald [Forêt] (2008) ou Eis [Glace] (2011), Richter assemble, suivant une grille rigoureusement définie qui rythme les pages, des fragments fortuits issus de ses tableaux abstraits et des extraits de textes autonomes, en partie décalés. Les livres de Gerhard Richter ne peuvent être entièrement saisis que si on les feuillette; ainsi l'artiste, inscrit dans son œuvre une nouvelle manière de lire.
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Vitrine. |
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Scénographie: palier au niveau 1 - Gerhard Richter, Cologne, 2006. © Hubert Becker. |
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Scénographie: palier au niveau 1 |
Galerie 7 - 1992-1999 - MOMENTS DE RÉFLEXION
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MOMENTS DE RÉFLEXION
En 1996 naît la fille de Richter, Ella Maria, et la jeune famille donne à sa vie une nouvelle impulsion: ils s'installent dans une nouvelle maison avec atelier dans le quartier de Hahnwald, à Cologne. Richter conserve son atelier au cœur de la ville afin de pouvoir travailler simultanément à différents groupes d'œuvres. Désormais, l'artiste ne peint plus de tableaux abstraits isolés, mais des cycles qui se caractérisent par leur structure et leur tonalité propres. Ces œuvres puissantes font pendant à des tableaux intimes peints d’après des photographies, dont le premier autoportrait. Empruntés à la vie quotidienne, des sujets d'aspect insignifiant sont autant de métaphores du regard mélancolique que Richter porte sur la réalité.
Durant ces années, les distinctions officielles s'accumulent: en 1997, Richter reçoit Le Lion d’Or de la 47e Biennale de Venise; la même année, il est récompensé par le Praemium Imperiale pour la peinture à Tokyo. En 1999, Richter exécute le tableau monumental Schwarz, Rot, Gold [Noir, Rouge, Or] pour le palais du Reichstag à Berlin. La décennie est couronnée par la rétrospective «Forty Years of Painting» [Quarante ans de peinture] que le Museum of Modern Art de New York présente à l’occasion du 70e anniversaire de l'artiste; l'exposition est ensuite montrée à Chicago, San Francisco et Washington.
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Gerhard Richter. Selbstportrait [Autoportrait], 1996 (CR 836-1). Huile sur lin, 51 x 46 cm. The Museum of Modern Art, New York. Gift of Jo Carole and Ronald S. Lauder and Committee on Painting and Sculpture Funds, 1996. © Gerhard Richter 2025 (18102025).
Richter s'était souvent intéressé à l’autoportrait, d’une part à travers des mises en scène photographiques pleines d’auto-dérision réalisées à l’atelier, d’autre part dans le portrait d'artiste classique exécuté avec Palermo (galerie 1). Lorsqu'en 1996 il peint son premier autoportrait, il ne se montre pas sous les traits de l'artiste parvenu au sommet de sa carrière. L’autoportrait reposant sur une photographie, le modèle ne croise pas le regard du spectateur mais regarde plutôt quelque chose d’indéterminé. C'est la question du peintre vieillissant se demandant «comment concilier ces deux faits: vivre avec un passé qui ne cesse de s’allonger et se préoccuper de celui qui, en réalité, n’est plus, mais qui bien sûr [lui] ressemble aussi beaucoup...» |
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Gerhard Richter. Tableaux abstraits, 1999. Huile sur Alu-dibond. Huile sur lin.
Collection particulière.
Cette série de huit peintures abstraites a été peinte sur aluminium, à l'exception de la dernière, qui est sur lin. L'utilisation de supports en aluminium contribue à leur présence matérielle et influence la manière dont la lumière, la brillance et la texture interagissent, en particulier avec les outils et procédés préférés de Richter: le racloir et la superposition de couches picturales. Renforcées par leur format modeste, elles marquent une approche lyrique de l’abstraction dans l’œuvre de Richter: chaque peinture peut être considérée comme un «chapitre» d’une séquence visuelle ou d’un récit.
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Gerhard Richter. Sphère III, 1992. Sphère en acier inoxydable avec finition mate. Olbricht Collection.
La surface mate polie de la sphère reflète tout ce qui se passe autour d'elle; il n’est pas un point alentour qui ne soit renvoyé par elle - la sphère réfléchissante symbolise le tableau total. Elle ne possède pas de position fixe, ne présente ni haut ni bas, sa face externe réfléchissante n’est qu'apparence.
Richter a commandé les sphères à une entreprise spécialisée dans la fabrication, à des fins industrielles, de roulements à billes. Sur chaque sphère est gravé le nom d’une montagne d’Engadine (Suisse). La sphère n'a rien de commun avec les montagnes, sinon l'inaccessibilité. |
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Gerhard Richter. Croix, 1996. Or (750 / 18k), poli. Sies + Höke, Düsseldorf.
À l'instar de la sphère, la croix possède une dimension symbolique. Richter a fait produire une croix sobre, telle qu'on en trouve dans les intérieurs, non seulement en acier mais aussi, en un petit nombre d'exemplaires, en or. Dans la peinture romantique allemande, la croix figurée dans le paysage sublime l'expérience individuelle de la nature, à laquelle elle donne une dimension religieuse. La croix de Richter, en revanche, est profane; elle est formée d’après les proportions du corps de l'artiste tendant les bras, c’est un autoportrait abstrait. Seuls les bras transversaux légèrement trop longs y renvoient; la croix dorée, comme la sphère, ne dévoile rien d'autre que son apparence. |
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Gerhard Richter. Lesende [Femme lisant], 1994 (CR 804). Huile sur toile, 72 x 102 cm. San Francisco Museum of Modern Art. Purchase through the gifts of Mimi and Peter Haas and Helen and Charles Schwab, and the Accessions Committee Fund: Barbara and Gerson Bakar, Collectors Forum, Evelyn D. Haas, Elaine McKeon, Byron R. Meyer, Modern Art Council, Christine and Michael Murray, Nancy and Steven Oliver, Leanne B. Roberts, Madeleine H. Russell, Danielle and Brooks Walker, Jr., Phyllis C. Wattis, and Pat and Bill Wilson. © Gerhard Richter 2025 (18102025).
Cette peinture tendre de sa nouvelle compagne, Sabine Moritz, évoque un Vermeer par l’intense concentration de la figure féminine isolée, totalement absorbée dans une activité ou une tâche personnelle. Elle est sereine et ne se sait pas observée, éclairée par une lumière venant d'en haut et de l'arrière. Richter reconnaît l'écho à Vermeer dans le tableau fini, mais n’en avait pas conscience pendant l'exécution de l’œuvre. |
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Gerhard Richter. Chapelle, 1995. Huile sur toile. The Bluff Collection. |
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Gerhard Richter. Fleurs, 1994. Huile sur toile. Carré d’art, Musée d’art contemporain de Nîmes. |
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Gerhard Richter. Jérusalem, 1995. Huile sur toile. Museum Frieder Burda, Baden-Baden. |
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Gerhard Richter. Ferme, 1999. Huile sur toile. Collection particulière.
Plusieurs tableaux de Richter témoignent de ses séjours réguliers en Engadine (Suisse). Les représentations de la nature hivernale ne montrent pas le paysage grandiose, elles expriment plutôt le doute et la prise de distance vis-à-vis du monde. À la ferme retirée fait face le taillis confus des branches figuré dans le tableau Schnee [Neige]; l'expérience du froid et du silence est traitée de manière tantôt prosaïque, tantôt lyrique. L'atmosphère mélancolique de ces peintures d'aspect sobre annonce les tableaux abstraits blancs de la décennie suivante. |
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Gerhard Richter. Roses, 1994. Huile sur toile. Collection particulière. |
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COMMANDES PUBLIQUES DE GERHARD RICHTER
Depuis 1968, Gerhard Richter a créé de nombreuses œuvres de grand format pour l’espace public. Ces projets, réalisés à l'initiative de commanditaires publics ou privés aux attentes desquels il doit se confronter, se distinguent des travaux d'atelier dont il a la pleine maîtrise. Certaines propositions de l’artiste - comme celle de 1972 pour les Jeux olympiques de Munich - furent refusées et donc jamais concrétisées; d’autres, comme les six Losanges destinés au sanctuaire de San Giovanni Rotondo, trouvèrent finalement un emplacement pérenne dans un musée.
C'est par des peintures que Richter a répondu aux premières commandes reçues. Depuis les années 1990 en revanche, la quasi-totalité de ses œuvres pour l’espace public se composent de miroirs et de verres colorés. Si l'artiste a toujours particulièrement apprécié les défis posés par les projets publics c’est aussi parce qu'en dernier ressort ces œuvres «trouvent un lieu sûr».
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Gerhard Richter. Saint-Gall, 1989. Huile sur toile, 250 x 680 cm (2 parties). Hochschule Sankt Gallen, Suisse. Courtesy HSG.
La peinture fut commandée par l’université de Saint-Gall. Gerhard Richter intitula l’œuvre d’après le lieu de sa présentation permanente. S'il vit le jour trois ans seulement après les deux peintures Victoria, ce tableau témoigne d’une évolution picturale manifeste. L'application de la couleur est devenue plus dense; son abrasion gestuelle domine désormais la surface du tableau.
Il s’agit de l'avant-dernière commande publique à laquelle Richter répondit par une peinture. La dernière, les six Rhomben [Losanges] (851/1-6) rouges, datés de 1998, fut refusée par son commanditaire; un musée en fit plus tard l'acquisition. |
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Gerhard Richter. Trait (sur bleu), (451), 1979.
Gerhard Richter. Trait (sur rouge), (451), 1980.
Huile sur toile, 4 panneaux, 190 x 2000 cm chacun. École professionnelle, Soest. North Rhine-Westphalia. © Crédit photo à confirmer.
Parmi les projets destinés à l’espace public, seuls quatre firent l’objet d’un concours où Gerhard Richter s'est imposé face à d’autres artistes. Figurent notamment parmi ces propositions les deux Strich longs de 20 mètres chacun, peints pour l’école professionnelle du «Kreis» à Soest. Le processus de création de ces deux projets radicaux fut intensif. Par leur complexité polychrome, les premières ébauches s’apparentaient encore aux esquisses abstraites de petit format exécutées au même moment. C'est seulement progressivement que Richter réduisit le sujet à deux traits horizontaux s’intégrant parfaitement à l’architecture. |
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Gerhard Richter. Victoria I (601), 1986.
Gerhard Richter. Victoria II (602), 1986.
Huile sur toile, 608 x 406 cm chacun. Collection ERGO group AG, Düsseldorf. Commande de la compagnie d'assurances Victoria, Düsseldorf. La compagnie a fusionné en 1998 avec Le groupe ERGO. © ERGO Versicherungsgruppe AG, Düsseldorf, photo: Manfred Hanisch.
Mesurant plus de six mètres de haut et un peu plus de quatre mètres de large, les deux peintures Victoria I (601) et Victoria II (602) sont les plus grands tableaux que Gerhard Richter ait peints à l'huile sur toile. Ces œuvres furent commandées par les assurances Victoria à Düsseldorf, reprises plus tard par la compagnie d'assurance ERGO.
1986 fut une année remarquable pour les tableaux abstraits de Richter dont les sujets passèrent alors d’un équilibre entre des espaces de couleur lumineux et illusionnistes à des surfaces picturales denses, appliquées au racloir. |
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Gerhard Richter. Vitrail de la cathédrale, 2007. Verre antique soufflé, 1892 X 932 cm. Cathédrale, Cologne. © Dombauarchiv, Köln, Matz und Schenk.
En 2002, Gerhard Richter se vit confier la conception d’un vitrail pour le transept sud de la cathédrale de Cologne. S'il se sentit honoré, Richter ne fut pas en mesure de satisfaire à la demande d’une représentation de six martyrs chrétiens. Au lieu de cela, il proposa une œuvre constituée de centaines de carrés de 72 teintes différentes, inspirée de sa peinture 4096 Farben [4096 couleurs] (359) exécutée en 1974. La présence divine est ici manifeste et célébrée dans une spectaculaire symphonie de couleurs. Le vitrail de la cathédrale compte parmi les œuvres de Richter les plus populaires et touchant le plus large public. |
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Gerhard Richter. Strip Sculpture Karuizawa, (961), 2023. Impression numérique UV/Latex sur Dilite, enchâssée dans une construction en verre, acier et bois, 500 x 340 x 340 cm (dimensions totales). Richter Raum / Wako Works of Art, Karuizawa (Nagano). © Tamaki Wako.
Cette sculpture est l’une des œuvres les plus récentes de Gerhard Richter, qui déclara dès 2017 avoir achevé son œuvre peint. L'artiste entreprit la série Strip dès 2011, puisant l’ensemble de ses sujets dans une même peinture, Abstraktes Bild [Tableau abstrait] (724-4), qu'il soumit à de multiples divisions et combinaisons. Les sculptures Strip ne comptent que trois exemplaires. Elles se distinguent des peintures au premier regard par leurs bandes verticales. Cet exemplaire est le seul ayant trouvé un emplacement définitif dans l'espace public, dans le bourg japonais de Karuizawa. |
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Gerhard Richter. 14 panneaux de verre pour Toyoshima (dédiés à la futilité), 2013-2015. Construction en verre et acier sur socle en bois, 253.7 x 182 x 821.3 cm. Toyoshima / Peace Winds, Japon (NGO). L'œuvre est installée dans un pavillon également conçu par Gerhard Richter. © Keizo Kioku.
Cette œuvre, créée dans les années 2013-2015 pour l’île japonaise éponyme, est installée dans le premier pavillon conçu par Gerhard Richter. Il s’agit en effet du premier exemple d'installation dans l’espace public pour laquelle Richter créa non seulement un objet mais aussi l’espace environnant. L'œuvre se compose de 14 panneaux de verre disposés les uns derrière les autres selon un léger décalage. Lorsque le spectateur regarde la mer à travers les 14 panneaux, sa vue se trouble de plus en plus, modifiant ainsi sa perception. |
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Gerhard Richter. Color Chase One (963/1-2), 2024. Peinture uréthane sur aluminium, 1000 x 840 cm chacun. JPMorganChase Art Collection.
Pour ces deux tableaux muraux monumentaux, récemment achevés pour orner le hall d'entrée de la JP Morgan Chase Bank à New York, Gerhard Richter a élaboré un nouveau procédé plastique: des collages de surfaces polygonales colorées et imbriquées les unes dans les autres. L'art de Richter se révèle, ces quinze dernières années, plus ouvert que jamais aux expérimentations - comme ici ou il recourt à de nouvelles techniques, telles la peinture sous verre, les Strip numériques, les collages abstraits et les dessins inédits. |
Galerie 9 - 2001-2013 - NOUVELLES PERSPECTIVES EN PEINTURE
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NOUVELLES PERSPECTIVES EN PEINTURE
Richter se voit confier, en 2002, la conception d’un vitrail pour le transept sud de la cathédrale de Cologne, mission qui le mène à de nouvelles expérimentations. Les cycles Silikat [Silicate] et Cage une fois achevés, il entreprend d’explorer le verre et fait exécuter des œuvres qu'il conçoit mais qu'il ne réalise pas lui-même en tant que peintre. Pour concevoir le vitrail de la cathédrale, inauguré en 2007, Richter a recours à des procédés aléatoires déterminant la répartition des couleurs – méthode qui le conduit, à travers les variations de 4900 couleurs disposées de manière aléatoire, à expérimenter les peintures laques sous verre, dont le flux est en grande partie déterminé par le hasard.
En 2006 naît Theodor, le fils cadet de Richter; les années suivantes, il peint son portrait, ainsi que celui d’Ella. Avec le groupe des tableaux abstraits blancs, l'artiste approche du silence pictural. Il abandonne alors pour plusieurs années la peinture et se consacre, outre les travaux sous verre, à la conception de tableaux reposant sur des procédés numériques, les Strip, dans lesquels le hasard joue encore un rôle central.
Inauguré en 2006 aux Staatliche Kunstsammlungen à Dresde, le Gerhard Richter Archiv jette les bases du travail de documentation et de recherche consacré à l'œuvre de Richter. En 2011-2012, une nouvelle rétrospective itinérante est présentée à Londres, Berlin et Paris.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. 14 févr. 45, 2002. Photographie sous verre. Collection particulière.
Il s’agit d’une photo aérienne, légèrement retravaillée, de l'US Air Force tombée entre les mains de Richter. Elle montre le sud de la ville de Cologne après la nuit de bombardements du 14 février 1945; on y aperçoit le quartier où l'artiste réside depuis 1996. La nuit précédant cette prise de vue, le 13 février 1945, Richter avait observé, à distance, le bombardement de Dresde, sa ville natale - un autre élément personnel le reliant à cette image. La photographie est montée sous verre Antelio si bien que le spectateur ne peut la contempler sans se percevoir lui-même. |
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Scénographie. Gerhard Richter. Silicate, 2003. Huile sur toile. Silikat.
(885-1), (885-2), (885-3): Erworben 2007 mit Unterstützung des Landes Nordrhein-West-falen, der Kunststiftung NRW, der Kulturstiftung der Länder, der Freunde der Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen und der Ernst von Siemens Kunststiftung. Silikat (885-4): Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf. |
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Gerhard Richter. 11 panneaux, 2004. Verre et bois. ARTIST ROOMS Tate and National Galleries of Scotland.
Acquired jointly through
The d’Offay Donation with assistance from the National Heritage Memorial Fund and the Art Fund, 2008.
Les plaques de verre vides apparaissent dans l'œuvre de Richter alors qu'il s'intéresse à la musique et à la pensée de John Cage. Des panneaux de verre posés contre le mur montrent une image du néant; cependant, spectateurs et environnement se reflétant dans les vitres une telle image ne peut exister. Richter démontre ici que, paradoxalement, le presque-rien est rempli de détails. Le prétendu vide fait pendant à l'extraordinaire richesse de représentation que nous rencontrons dans les tableaux figuratifs et abstraits.
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SILICATE
Pour les quatre tableaux de la série Silikat [Silicatel], Richter utilise la photographie d’une molécule de silicate, l'élément le plus répandu à la surface de la terre. Il l'agrandit de manière à rendre visible la forme moléculaire et en peint quatre versions, faisant varier de l’une à l’autre le degré de netteté. Les tableaux ne sont rien d'autre que des reproductions d’un fragment de la réalité, mais le flou laisse progressivement paraître la structure abstraite. Comme le montrent ces tableaux, la peinture fait de la reproduction photographique une composante du réel. |
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Silicate, 2003. Huile sur toile. Silikat (885-1), (885-2), (885-3): Erworben 2007 mit Unterstützung des Landes Nordrhein-West-falen, der Kunststiftung NRW, der Kulturstiftung der Länder, der Freunde der Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen und der Ernst von Siemens Kunststiftung. Silikat (885-4): Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf. |
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Scénographie : CAGE
Les six tableaux de ce groupe ont été peints simultanément et non à la suite. Des photographies prises à l'atelier pendant leur exécution montrent des bandes de peinture puissamment étalées à larges coups de brosse avant que le racloir ne soit passé sur la toile pour révéler, de manière aléatoire, les couches sous-jacentes. Le hasard a toujours joué un rôle important dans le processus pictural de l'artiste. Richter admire beaucoup le compositeur John Cage, dont la musique est également façonnée par le hasard. Le titre, ajouté après l'achèvement du cycle, est un hommage au musicien.
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Gerhard Richter. Cage (4), 2006. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Cage (6), 2006. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Cage (1), 2006. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Cage (2), 2006. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. Juist, 2001. Huile sur toile. Hamburger Kunsthalle. Prêt permanent de la Stiftung für die Hamburger Kunstsammlungen. |
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Gerhard Richter. Tête, Theo (version photo), 2017. Photographie montée sur bois. Copie de la peinture Theo, 2009 (907-2). Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Bouquet, 2009. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 2007. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. 4900 couleurs, 2007. Laque sur Alu-dibond. Fondation Louis Vuitton, Paris.
Pour réaliser le vitrail destiné à la cathédrale de Cologne, Richter s’est tourné vers les nuanciers qu’il avait créés au début des années 1970. Il utilisa de nouveau un procédé aléatoire pour répartir les carrés de couleur sur la surface. Dans 4900 Farben [4900 couleurs], il poursuivit cette démarche en définissant, à travers une série de règles, le cadre de ce jeu de hasard. L'ensemble du tableau se compose de 196 planches contenant chacune 25 carrés de couleurs différentes, qui ne sont pas peints à la main mais recouverts d’une couche de laque industrielle. Au tableau complet se substituent différentes possibilités de combiner les planches; les tableaux ainsi obtenus, de plus petit format, peuvent être accrochés les uns à côté des autres. |
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Gerhard Richter. 6 panneaux verticaux, 2002-2011. Construction en verre et acier. Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris.
Les vitres transparentes et réfléchissantes ont fasciné Richter au fil des ans. Afin d'examiner l'impression produite par les surfaces prétendument transparentes, il commence vers l’an 2000 à accrocher devant le mur, au moyen de fixations en métal, des plaques de verre se substituant aux miroirs. Il fait bientôt poser plusieurs panneaux de verre les uns derrière les autres; les fixations laissent la place à des structures métalliques destinées à installer les panneaux dans l’espace. Si le regard à travers les vitres ne montre rien, la réalité se déployant derrière elles se voit transformée par leur disposition échelonnée. Comme dans les tableaux de Richter, tout ce qu’il y a à voir devient apparence. |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. Waldhaus, 2004. Huile sur toile. Collection particulière.
La maison dans la forêt est un topos du romantisme allemand. La forêt s'étend ici sur les deux tiers de la surface picturale et la maison, figurée si près du bord droit de l’image, n’est plus guère visible. Située à côté du bois sombre, impénétrable, l'habitation échappe à la vue du regardeur. Cependant, la nature n’est pas sublimée comme elle l’est dans la peinture romantique - la nature qui, selon Richter, «ne connaît ni sens, ni clémence, ni pitié, parce qu'elle ignore tout» |
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Gerhard Richter. Barrière, 2008. Huile sur Alu-dibond. Collection particulière, New York. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 2009. Huile sur toile. The George Economou Collection.
Richter n’a cessé de créer des groupes de tableaux abstraits frôlant la monochromie, ainsi les tableaux rouges du début des années 1990. Vers 2006, la couleur blanche passe au premier plan dans des tableaux abstraits de plus petit format. En 2009, enfin, l'artiste peint une série de grands tableaux qu'il recouvre d’une ultime couche de peinture blanche, semblant mettre un point final symbolique à cette forme de peinture. Pendant les années qui suivent, en effet, Richter se consacrera presque exclusivement à d’autres manières de créer des tableaux. |
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Gerhard Richter. Ella, 2007. Huile sur toile. Collection particulière.
Le portrait de la fille cadette de Richter, Ella, se distingue des trois portraits de Betty. Photographiée lors d’un trajet en train, la jeune fille est absorbée dans la lecture. Elle ne regarde pas le photographe ni ne pose pour lui. Elle est montrée en vue frontale mais son visage et ses yeux, concentrés et paisibles, sont baissés vers le livre, invisible au spectateur. Son visage est encadré par la lueur rose du pullover et par le ton chaud rouge brun de l'appuie-tête; ces deux éléments créent un cadre intime qui entoure et souligne la fragilité de la figure, comparable à celle de Femme lisant exposée en galerie 7. |
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Gerhard Richter. Gris, 2006. Huile sur Alu-dibond. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Gerhard Richter. Blanc, 2006. Huile sur Alu-dibond. Fondation Louis Vuitton, Paris. |
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Scénographie |
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Gerhard Richter. Strip, 2011. Impression numérique sur papier entre aluminium et Perspex (Diasec). Fondation Louis Vuitton, Paris.
Après les tableaux abstraits blancs, Richter, pour quelques années, abandonne la peinture et se consacre à d’autres manières de créer des tableaux. Partant, sur le mode ludique, de l’image miroir d’une reproduction numérique d’un tableau abstrait (accroché en galerie 5), il met au point un processus rigoureusement défini: «divided, mirrored, repeated» [divisé, reflété, répété]. Il parvient ainsi à une division verticale du tableau, répétée 4096 fois, faisant apparaître une suite de pixels de couleur. Richter fit fabriquer numériquement, au moyen d'imprimantes à jet d'encre, des tableaux qui, suivant cette succession de couleurs, se composent de fines lignes horizontales. La dissolution d’un tableau donne ainsi naissance à de nouvelles images, imprévisibles, dont l'effet chromatique est à la fois fascinant et troublant. |
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Gerhard Richter. Flow, 2013. Laque à l'arrière d’une vitre montée sur Alu-dibond. Fondation Louis Vuitton, Paris.
L’exploration du verre conduit Richter à des expériences picturales. Il verse de la laque sur une plaque de plexiglas et manipule, à l’aide d’une spatule et d’un pinceau, l'écoulement fortuit de la peinture. Puis il choisit un fragment, pose une plaque de verre dessus, isolant et fixant ainsi la configuration chromatique. S'il efface l'effet tactile de la peinture, le verre donne aux couleurs une intensité extraordinaire. Dépourvues de profondeur, elles se dotent, derrière le verre, d’une présence extrême. Surgissent des impressions de phénomènes naturels, de paysages sous-marins, d’un monde qui n'a pas été inventé par un peintre mais créé par des procédés impersonnels. |
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- Gerhard Richter. Drawings & Watercolors [Dessins et aquarelles], 1957-2008, 2012. Musée du Louvre éditions, Paris / Éditions Dilecta, Paris.
- Gerhard Richter. November, [Novembre], 2013. Heni Publishing, Londres.
- Gerhard Richter. Birkenau, 2015. Verlag der Buchhandlung Walther König, Cologne. |
Galerie 10 - 2009-2017 - ÉLÉGIES PICTURALES
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Scénographie |
ÉLÉGIES PICTURALES
En 2014, Richter recommence à peindre après une longue pause. Le premier sujet vers lequel il se tourne est, à nouveau, le passé de l'Allemagne. Depuis de nombreuses années il cherchait à créer une image traitant de la Shoah mais n’avait pas trouvé une manière satisfaisante d'exprimer le choc et l’accablement suscités par ce sujet. Le point de départ des peintures de Birkenau se trouve dans les seules photographies du camp d’extermination d'Auschwitz-Birkenau qui nous sont parvenues, prises par des prisonniers d’un Sonderkommando. Le cycle a évolué en quatre peintures abstraites.
Elles furent exposées pour la première fois en Allemagne, puis en Angleterre et à la rétrospective présentée au Metropolitan Museum of Art de New York en 2020. Des versions photographiques de Birkenau sont installées de façon pérenne au Reichstag de Berlin et au Mémorial d’Auschwitz-Birkenau.
Dans les années 2015-2017, Richter réalise un ensemble de peintures abstraites très expressives. Ces tableaux marquent l'achèvement de son œuvre peint.
La Gerhard Richter Kunststiftung est fondée en 2016, son objectif est de créer une exposition permanente d'œuvres majeures à Berlin et à Dresde.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 2016. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 2017. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 2016. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 2017. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. Tableau abstrait, 2017. Huile sur toile. Collection particulière. |
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Scénographie |
Gerhard Richter a toujours été hanté par l’idée de créer une œuvre traitant de la Shoah. Au début des années 1950, alors qu’il est étudiant à l’académie de Dresde il voit un documentaire sur les camps de concentration au moment de leur libération. Depuis, il a abordé ce thème à plusieurs reprises.
En 1967, il inclut dans Atlas de nombreuses photographies liées à la Shoah trouvées dans des livres et dans la presse comme celle montrant des femmes contraintes de se déshabiller et de se diriger vers la chambre à gaz du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.
Quarante ans plus tard, l'artiste retrouve cette image dans la version allemande du livre du philosophe Georges Didi-Huberman, Images malgré tout, qui prend pour sujet quatre photographies prises par des membres d’un Sonderkommando du camp d’extermination de Birkenau.
Richter les a recadrées pour les ajuster au format des toiles et les a ensuite projetées dans l'intention de les reproduire. Cependant, insatisfait du résultat, il a tout recouvert de peinture. À l’utilisation prédominante du noir, du blanc et du gris, se mêlent des touches de vert et de rouge.
Richter a souhaité présenter avec les toiles les reproductions des quatre photographies afin d'en montrer la source et de rendre hommage à leurs auteurs. En 2019, l'artiste a ajouté quatre vitres peintes en gris selon un principe qu'il avait commencé à utiliser dans les années 1980, Le spectateur devenant ainsi partie prenante.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. Birkenau, 2014. Huile sur toile. Neue Nationalgalerie, Stiftung Preußischer Kulturbesitz, Berlin. Prêt de la Gerhard Richter Kunststiftung. |
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Alberto Errera aidé par Abraham Dragon, Shlomo Dragon et Alter Fajnzylberg. Photographies négatives n° 277, n° 278, n° 282, n° 283.
The Archive of The State Museum Auschwitz-Birkenau in Oswiecim.
Ces images sont les reproductions recadrées des quatre photographies qui ont servi de point de départ à Richter pour créer les tableaux du cycle Birkenau. Prises secrètement par des membres d’un Sonderkommando - des détenus d’Auschwitz-Birkenau contraints par les nazis d'accompagner les autres prisonniers à la chambre à gaz, puis d'évacuer les corps, de les brûler, de trier leurs vêtements - elles constituent un témoignage rare sur la Shoah du point de vue des victimes. Plusieurs personnes furent impliquées dans la réalisation de ces prises de vues effectuées au péril de leur vie. Pour prendre les deux premières photographies à gauche, Alberto Errera a dû se cacher à l’intérieur de la chambre à gaz, comme l'indique le cadre noir qui compose l’image.
Les deux photographies à droite sont dominées par la forêt de bouleaux qui a donné son nom au camp de Birkenau. Sur l’une, dans la partie centrale de l'image, on voit des femmes nues conduites vers la chambre à gaz. Sur l’autre, on aperçoit des cimes d'arbres qui se détachent du ciel - un cadrage qui fait prendre conscience de l'extrême difficulté de réalisation de ces images. Le déclencheur a dû être actionné sans que l’auteur de la photographie ait eu le temps de la cadrer. La pellicule, aujourd’hui disparue, fut ensuite remise au mouvement de résistance polonais dans un tube de dentifrice. > |
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Crémation de corps gazés dans les fosses d’incinération à l’air libre devant la chambre à gaz du Krematorium V à Auschwitz-Birkenau, août 1944. |
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Femmes se rendant à la chambre à gaz du Krematorium V à Auschwitz-Birkenau, août 1944. |
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Gerhard Richter. Miroir gris, 2019. Verre avec couche colorée.
Neue Nationalgalerie, Stiftung Preußischer Kulturbesitz, Berlin. Prêt de la Gerhard Richter Kunststiftung. |
Galerie 11 - 2022-2025 - POURSUIVRE LE TRAVAIL
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Scénographie |
POURSUIVRE LE TRAVAIL
Depuis qu’il a déclaré avoir achevé son œuvre peint, Richter se consacre au dessin et aux œuvres qu'il conçoit pour l’espace public. En 2016 est inauguré sur l'île japonaise de Toyoshima un pavillon abritant une installation de quatorze panneaux de verre. En 2018, une installation composée de miroirs gris et d’un pendule est inaugurée dans l’église dominicaine de Münster, suivie, en 2025, de deux grands reliefs exécutés dans un édifice de Norman Foster à New York.
Au lieu de travailler sur le mur, Richter travaille désormais à son bureau. Chaque dessin est daté, ce qui permet de suivre leur processus de création. L'exécution n’est pas continue; créés en l’espace de quelques jours ou semaines, des groupes apparaissent.
Dans ces nouvelles œuvres dessinées, Richter explore les mécanismes et les possibilités du médium. Il utilise les lignes, le frottage ou les zones ombrées et expérimente des techniques inédites. Le mouvement inconscient de la main occupe une place plus importante que jamais. S’ajoute parfois de l’encre colorée que Richter s'amuse à laisser goutter sur le papier afin de se laisser porter par les configurations fortuites et de les reproduire au moyen d’une règle, d'un compas ou d’autres instruments.
Gerhard Richter vit et travaille à Cologne.
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Texte du panneau didactique. |
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Gerhard Richter. 3.8.2023 (2), 2023. Technique mixte sur papier. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. 2.9.2022, 2022. Technique mixte sur papier. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. 4.9.2022, 2022. Technique mixte sur papier. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. 11.7.2024, 2024. Technique mixte sur papier. Collection particulière. |
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Gerhard Richter. 12.7.2024, 2024. Technique mixte sur papier. Collection particulière. |
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