MATHÉMATIQUE EN POÉSIE. Par Cédric Villani.
Un tableau noir couvert de formules et de signes kabbalistiques à la craie. Un barbu élégant, chatoyant et souriant. Le contraste est déjà évident avec nos présupposés sur les mathématiques, tous ces souvenirs difficiles voire douloureux de théorèmes et d’équations qui ont hanté nos scolarités souvent rétives.
Or la mathématique, au singulier, pour les anciens Grecs qui l’ont en partie fondée, est d’abord, comme son nom l’indique, la réflexion sur la «connaissance». Celle qui observe et organise l’univers, depuis son immensité jusqu’à ses éléments les plus minuscules.
Suffit-il de lui porter un regard curieux pour que se dévoilent joyeusement les étonnantes similitudes, les comparaisons inédites, les mises en perspectives décoiffantes, les rythmes inattendus, qui insèrent dès lors notre réflexion plurielle dans le champ poétique au sens propre, c’est-à-dire «créateur» d’une fresque imaginaire où naviguer devient un plaisir sans cesse renouvelé?
C’est le pari théâtralisé que fait Cédric Villani, qui nous amène à savourer conjointement la parole des scientifiques pas si austères et celle des poètes, qu’il chante avec une mémoire prodigieuse!
Le temps de ce «cours», qui coule comme un fleuve avec sa fluidité, nous réconcilie sans réticence avec un appétit de savoir vivifiant.
Pouvons-nous, à la sortie, prétendre avoir compris tout ou partie de cette floraison qui ne nous a laissé aucun répit? Certes non, mais nous avons vécu la délicieuse sensation d’être «intelligents», en d’autres termes d’avoir compris quelque chose. Quoi exactement? Est-ce bien nécessaire d’en fouiller le détail? En tout cas, un havre de santé cérébrale dans notre alentour contemporain souvent absurde! De telles occasions n’ont pas de prix! A D. Théâtre Poche-Montparnasse 6e.