DANS LE COULOIR. De Jean-Claude Grumberg. Mise en scène Charles Tordjman. Avec Jean-Pierre Darroussin, Christine Murillo.
Le couloir ouvre sur trois portes, celle de la cuisine, de la chambre à coucher et, tout au fond, sur une plus petite comme si elle se trouvait là à regret. Trois chaises soulagent de temps à autres les maux des deux octogénaires qui vont et viennent. Lui a la vue très faible. Elle est équipée d’un appareil auditif et d’un appareil dentaire. Deux parents à bout de souffle d’avoir passé leurs soixante-six ans de vie commune à se chamailler, deux parents avec enfants aujourd’hui «éparpillés».
Les enfants justement. Le cadet, presque quinquagénaire, vient de rentrer au bercail après des années vécues ailleurs. Il est là, derrière la petite porte, refuse tout repas en famille et ne répond pas lorsque ses parents lui parlent. Ce mutisme, ils ne le supportent pas. Après l’habituelle remise en question d’une éducation dont ils se rejettent la responsabilité, le père et la mère tentent de comprendre et d’arracher au moins une phrase au fils à travers la porte close. Ce sera «j’ai un plan, un plan qui nécessite un financement modeste».
La banalité du sujet est sauvée par l’écriture incisive de Jean-Claude Grumberg. Elle permet à deux très grands comédiens de donner à voir leur immense talent. Christine Murillo, irrésistible, appuyée sur sa canne, temporise et se montre tendre pour son fils, une tendresse absente chez son conjoint. Jean-Pierre Darroussin, impérial avocat à la retraite, étale sans retenue ses principes d’éducation rigides, surtout celui d’égalité. Son effroyable monologue final est à noter dans les annales. M-P P. Théâtre Hébertot 17e.