ANTIGONE de Jean Anouilh. Mise en scène Didier Long. Avec Éric Laugérias, Hermine Granville, Cassandre de Kerraoul, Valérie Vogt ou Séverine Vincent, Robin Hairabian, Anthony Cochin ou Didier Long.
Sous l’éclairage de la scène, le prologue présente les personnages qui s’avancent un à un. Tout au fond, Antigone est déjà là. Elle pense qu’elle va mourir. Les lumières s’éteignent, la tragédie peut commencer.
Après la mort de leur père, Étéocle et Polynice, les deux fils d’Œdipe, devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle, mais ils se sont entre-tués. Le roi Créon décide de funérailles grandioses pour Étéocle tandis qu’il s’oppose à toute sépulture pour Polynice «le petit carnassier dur et sans âme». Il interdit à quiconque de l’enterrer sous peine de mort. Comment une toute jeune fille, promise à Hémon le fils du roi Créon, a-t-elle trouvé le courage de recouvrir le corps de son frère Polynice, malgré l’interdiction? Comment a-t-elle eu l’audace de braver l’édit une seconde fois afin que son acte ne reste plus secret? Le roi affectionne sa nièce. C’est un roi juste mais intransigeant, accablé par le poids du pouvoir. L’obligation de la condamner le révulse, il veut essayer de l’empêcher de mourir. Un bras de fer s’engage entre les deux. Mais même les trahisons de ses deux frères ne la feront pas changer d’avis. Éprise de justice, Antigone n’a que faire de la politique. Elle s’enferre, parce que «ceux qu’on n’enterre pas errent éternellement sans jamais trouver de repos» et elle entraîne avec elle une mère et son fils.
Jean Anouilh a repris la tragédie de Sophocle en 1944 pour réécrire Antigone à sa façon. Il use pour l’occasion de quelques anachronismes, relevant ainsi son caractère intemporel. Contrairement à Sophocle, Créon n’est pas un tyran cruel. Anouilh insiste au contraire sur la difficulté du pouvoir et du «jeu difficile de conduire les hommes» et décrit la solitude intrinsèque à la fonction de chef d’État. Au delà d’une démonstration sur la résistance face à l’interdit, il prône la nécessité de respecter la loi. Puis, pour détourner Antigone de la volonté de mourir, il livre en quelques phrases ce qui fait pour lui le bonheur de la vie, cette «eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts».
Nul besoin de décor, le texte se suffit à lui-même. Vêtus de costumes qui soulignent sa modernité, les comédiens donnent corps et âme aux personnages avec beaucoup de talent. M-P P. Théâtre de Poche Montparnasse 6e.