L’ORIENT-EXPRESS. Une épopée moderne (1883-1918). Après l’exposition du musée des Arts décoratifs, c’est au tour de la Villa du Temps retrouvé de Cabourg de nous présenter l’épopée de ce train mythique à l’occasion du 150e anniversaire de la création de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits (CIWL).
Le parcours commence par l’évocation, à l’aide d’affiches et de vidéos, des récits suscités par ce train, tels Protéa (1913), James Bond (1963) ou Hercule Poirot (1974). Vient ensuite un ensemble de panneaux, tableaux et accessoires divers décrivant l’environnement des trains et les innovations techniques depuis les années 1830 jusqu’à la Belle Époque. C’est dans ce contexte que le jeune Georges Nagelmackers (1845-1905), descendant d’une influente famille belge de banquiers et d’industriels, découvre aux États-Unis, où il fait un voyage d’étude, la diversité des trains américains et en particulier les fameux sleeping-cars mis au point par Pullman en 1865. Il s’associe alors avec un constructeur de voitures-lits dans le Devon, en Angleterre, et fonde la CIWL en 1876.
Le réseau ferré est déjà bien fourni en Europe et la CIWL commence par louer ses luxueux wagons aux sociétés existantes qui les ajoutent à leurs trains. Ensuite elle lance des trains complets, dont un pour Constantinople, et cela sans attendre que la totalité de la ligne soit terminée. Le premier départ a lieu le 4 octobre 1883, obligeant à divers transbordements. Cela ne rebute pas les prestigieux invités de ce voyage inaugural de 13 jours qui reviennent conquis. Un tableau nous présente quelques-uns des voyageurs ayant emprunté ce train, tels le Prince de Galles, Mata Hari, Agatha Christie, Sarah Bernhardt, Laurence d’Arabie ou encore Pierre Loti. Ils pouvaient emporter avec eux des guides touristiques décrivant le voyage jusqu’à destination.
Vient ensuite, avec la section «L’art de vivre à bord de l’Orient-Express», une description de ces trains de luxe, de leurs tables de restaurant avec de la vaisselle dessinée par les plus grands spécialistes de l’époque, dans laquelle était servie une cuisine française, le train étant ravitaillé tout au long du parcours. Le personnel, dont on voit des photographies, était nombreux et spécialisé et dormait dans des hamacs suspendus dans le wagon restaurant. La CIWL gérait également des agences de voyages, des ateliers d’entretien de ses trains et de grands hôtels, qui ne connurent pas le succès pour ces derniers.
Le parcours se poursuit avec des descriptions des principales villes étapes telles Vienne, Budapest, Bucarest, Belgrade, Sofia et enfin Constantinople, but ultime du voyage en Orient, avec ses fantasmes artistiques (les femmes du harem) et ses curiosités touristiques (Topkapi, Sainte-Sophie, la tour de Galata, bazars de Stamboul, Corne d’Or, etc.). Les 3025 km de parcours entre Paris et Constantinople se font alors en 68h 24min.
Après la Première Guerre mondiale, la CIWL lance des trains sur diverses lignes en France, évite l’Allemagne vaincue pour aller à Constantinople et étend son réseau jusqu’à Ankara, Bagdad, Téhéran et le Caire.
La commissaire n’oublie pas de signaler «Les enjeux diplomatiques d’un train international dans une Europe mouvante», mettant en exergue la neutralité du belge Nagelmackers, pour obtenir les autorisations nécessaires de tous les pays traversés. Elle signale aussi que l’Orient-Express fut victime d’attaques à plusieurs reprises comme le relate Le Petit Journal. Une exposition très réussie qui permet de visiter également les collections permanentes, très intéressantes avec leurs mobiliers, tableaux et instruments audio anciens de toutes sortes. R.P. Villa du Temps retrouvé - Cabourg. Jusqu’au 11 novembre 2026. Lien : villadutempsretrouve.com