MOMIES. Voici une exposition qui intéressera aussi bien les amateurs de films fantastiques que ceux qui s’interrogent sur leur devenir dans l’au-delà. Avec «Momies», le Musée de l’Homme aborde tous les aspects de cette pratique de la momification vieille de 9000 ans. Après une introduction qui montre l’engouement du public pour ce sujet depuis le XVIIIe siècle et l’expédition d’Égypte de Bonaparte, le parcours se déroule en quatre parties allant de la «Rencontre des défunts momifiés» jusqu’à l’étude de ces derniers. Sur les soixante-dix momies conservées par le musée, neuf sont exposées. Aujourd’hui cela pose un problème éthique auquel il est difficile de répondre, à part demander aux visiteurs de «rencontrer ces corps humains momifiés avec respect» et de s’abstenir de prendre des photos. En effet aucune de ces personnes momifiées n’avaient imaginé être exposées un jour dans un musée, que ce soit les pharaons dans le Grand Musée égyptien ou l’homme Chachapoya au musée de l’Homme.
«À la rencontre des défunts momifiés» permet de définir la momification et retracer l’évolution des pratiques à travers les époques et les différentes régions du monde. S’il existe des cas de momifications naturelles, c’est la conservation des corps intentionnelle, comme en Égypte, qui est présentée. Même si des populations, comme les Toraja, en Indonésie, pratiquent aujourd’hui encore la momification de tous leurs défunts, le plus souvent celle-ci est réservée à une élite ou à une catégorie sociale spécifique. C’était jadis le cas dans la plupart des pays. Aujourd’hui seuls des dignitaires tels Lénine, Mao Zedong, Eva Perón ou encore le pape Jean XXIII en bénéficient.
La deuxième partie, «Techniques et rites», explore les différents procédés de préservation des corps. Elle commence par évoquer les momifications naturelles, comme le tannage dans les tourbières d’Europe du Nord, la dessiccation dans les déserts de sable (Homme de Gebelein en Égypte) ou encore la «cryodessiccation» par le froid, cas du célèbre Ötzi il y a 5200 ans dans les Alpes. Mais le sujet de l’exposition concerne la momification selon les divers procédés mis au point par l’homme. Cinq «chaînes opératoires» sont présentées, avec un schéma, des objets et des témoignages divers.
La première est le fardo («paquet funéraire») Chancay au Pérou, pratiqué entre 1000 et 1470. Les corps sont enveloppés dans des fardo composés d’une superposition de tissus, de coton et parfois de laine, puis inhumés dans des tombes communautaires avec des objets personnels et des offrandes. Vient ensuite la momification égyptienne. Les embaumeurs retirent les viscères qu’ils mettent dans des vases canopes à côté de la momie entourée de bandelettes et déposée dans un sarcophage. On voit celui d’une chanteuse d’Amon de Karnak sur lequel est peinte une scène de pesée de l’âme, ou psychostasie. Aux Canaries, les Guanche, du 3e au 14e siècle, pratiquaient le boucanage, une technique qui consiste à déshydrater les graisses corporelles par l’action de la chaleur et de la fumée. Une momification encore pratiquée aujourd’hui par le peuple Anga en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les anciens Marquisiens pratiquaient une momification partielle par dessiccation des corps au soleil, suivie d’une inhumation et enfin de la récupération des ossements, en particulier les crânes, qu’ils décoraient. Aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, c’est la thanatopraxie qui est en vigueur afin de préserver les corps de la décomposition pendant quelques semaines. Il existe aussi la cryogénie pour ceux qui croient que les progrès techniques et scientifiques permettront un jour à ces corps préservés de fonctionner à nouveau.
La troisième partie aborde le délicat problème du «Patrimoine muséal». À partir du XVIIIe siècle puis durant la période coloniale, de nombreux corps momifiés, prélevés principalement en Égypte et en Amérique du Sud intègrent les musées. Un commerce s’organise, y compris avec de fausses momies. Aujourd’hui chaque pays a sa propre législation sur la question de la patrimonialisation et chaque culture est en droit de réclamer le retour de ses ancêtres.
La dernière partie, «L’étude des défunts momifiés», permet aux visiteurs de comprendre comment les scientifiques parviennent à reconstituer le passé grâce à l’étude des corps momifiés. Les examens menés à l’aide des techniques médicales, de l’imagerie ou de la biochimie, notamment pour la datation et l’analyse génétique, ouvrent une fenêtre de connaissance très complète sur l’individu lui-même et sur toute sa société. Son mode de vie, sa santé, son alimentation, ses déplacements, ses vêtements, ses pratiques esthétiques, ses croyances et ses rituels funéraires peuvent ainsi ressurgir du passé. Pour les scientifiques, cela peut justifier la conservation de ces momies dans des musées.
Une exposition passionnante, riche en enseignements de toutes sortes, bénéficiant d’une magnifique scénographie que nous avons tenté de restituer dans le parcours en images qui accompagne cet article. Elle plaira aussi au jeune public (à partir de 9 ans) grâce à un questionnaire remis à l’entrée et à des cartels spécifiques. R.P. Musée de l’Homme 16e. Jusqu’au 25 mai 2026.
Lien : www.museedelhomme.fr.