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Parcours en images et en vidéos de l'exposition
HENRI ROUSSEAU
L’ambition de la peinture
avec des visuels
mis à la disposition de la presse
et nos propres prises de vue
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Affiche de l'exposition |
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«Il faudrait que quelqu'un me lance, de façon à ce que je puisse me livrer entièrement à mon art, et produire mes idées. J'aurais enfin atteint mon but.»
Ce souhait, formulé par Henri Rousseau (1844-1910) au ministre des Beaux-Arts en 1884, marque les débuts de son ambition artistique. Âgé de quarante ans, il est alors employé municipal, mais surtout peintre autodidacte. Sa trajectoire artistique n’a rien de linéaire, sa réception non plus. Il cherche à s'imposer sur la scène artistique en citant des peintres officiels; il est pourtant considéré par la plupart de ses contemporains comme un «naïf». Il tente de séduire marchands et collectionneurs en variant les genres et les techniques; mais il est surtout remarqué par les artistes et critiques, défenseurs de la modernité, ainsi que par quelques connaisseurs avisés.
Le marchand parisien Paul Guillaume, à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie, et le collectionneur américain Albert Barnes, figurent au premier rang de ceux-ci. Pour la première fois, grâce à une collaboration inédite, leurs œuvres dialoguent ici, aux côtés de toiles issues de prestigieuses collections privées et publiques internationales.
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Vidéo de présentation de l'exposition
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Texte du panneau didactique. |
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1 - « MOI-MÊME, PEINTRE »
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Scénographie |
«Né à Laval en 1844, vu le manque de fortune de ses parents, fut obligé de suivre tout d’abord une autre carrière que celle où ses goûts artistiques l’appelaient. Ce ne fut donc qu'en l’année 1885 qu'il fit ses débuts dans l’Art, après bien des déboires, seul, sans autre maître que la nature, et quelques conseils reçus de Gérôme et de Clément.
C'est après de bien dures épreuves qu'il arriva à se faire connaître de nombre d’artistes qui l'environnent. Il s'est perfectionné de plus en plus dans le genre original qu’il a adopté et est en passe de devenir l'un de nos meilleurs peintres réalistes.
Comme signe caractéristique, il porte la barbe broussaillante et fait partie des Indépendants depuis longtemps déjà, pensant que toute liberté de produire doit être laissée à l'initiateur dont la pensée s‘élève dans le beau et le bien.
Il n'oubliera jamais les membres de la Presse qui ont su le comprendre et qui l’ont soutenu dans ses moments de découragement et qui l’auront aidé à devenir ce qu'il doit être.
Fait 4 Paris, le 10 juillet 1895».
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Texte du panneau didactique. |
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Henri Rousseau (1844-1910). L'Octroi, vers 1890. Huile sur toile. Londres, The Courtauld Gallery (Samuel Courtauld Trust).
Pendant vingt-deux ans, Rousseau est employé aux services de l'octroi. Il y collecte l’impôt sur les marchandises entrant dans Paris, et peint sur son lieu de travail à ses heures perdues. Il ne représente pas ici un emplacement précis. Les fortifications aux portes de la ville, les bornes en pierre ou les uniformes des deux silhouettes évoquent ce poste qui lui vaudra le surnom de «douanier». |
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Paul François Arnold Cardon dit Dornac (1859-1941). Henri Rousseau assis à côté d’Éclaireurs attaqués par un tigre, Mauvaise surprise et La Noce dans son studio du 2 bis, rue Perrel à Paris, 1907. Photo © archives Larousse, Paris, France/ Bridgeman Images. |
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Cartel pour le jeune public. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Portrait de femme et Portrait d'homme, 1884. Huiles sur bois.
Paris, musée de l'Orangerie. Don de la Société des Amis des Musées d'Orsay et de l'Orangerie, avec la participation exceptionnelle de Mathias Ary Jan, 2024.
Cette paire compte parmi les toutes premières œuvres connues de Rousseau. Réalisée sur des panneaux de bois sans doute réemployés, elle témoigne d'une pratique encore débutante. Autodidacte, Rousseau se forme en copiant des œuvres au Louvre. La composition en médaillon et la frontalité du couple citent autant les icônes byzantines où les miniatures du XVIIIe siècle croisées au musée, que les portraits au daguerréotype commercialisés dans sa jeunesse.
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Henri Rousseau (1844-1910). Moi-même, portrait-paysage, 1890. Huile sur toile, 146 × 113 cm. National Gallery of Prague, Purchase from collection of Walther Halvorsen, 1923. Photo. © National Gallery Prague 2026. |
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Cartel pour le jeune public. |
2 - ROUSSEAU ET SON CERCLE
L'invention du portrait-paysage
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Scénographie |
Les premières commandes de Rousseau émanent d’abord de son entourage: portraits féminins en pied, célébrations de baptêmes ou de noces, souvenirs d’une naissance où d’une sortie dominicale, elles sont les reflets de son cercle social et artistique. Il conserve ses œuvres plus intimes hors du circuit marchand, mais les envoie au Salon pour démontrer ses talents.
Depuis son autoportrait manifeste, son procédé se systématise: les figures se découpent sur un fond paysager à valeur symbolique, où les détails sont autant d'indices sur l'identité du personnage. Ce genre emprunte à la fois aux portraits italiens et flamands vus au Louvre et au vocabulaire singulier qu’il développe, dans une ambition picturale affirmée. Rousseau ira jusqu’à s’autoproclamer, malicieusement, l’inventeur du portrait-paysage.
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Texte du panneau didactique. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Le Peintre et son modèle, 1900-1905. Huile sur toile, 46,5 × 55,4 cm. Paris, Centre Pompidou – musée national d’Art moderne / Centre de création industrielle. Legs de Nina Kandinsky, 1981. Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. GrandPalaisRmn / Bertrand Prévost.
Par le choix de ce sujet, Rousseau s'inscrit dans une tradition picturale. Les traits indistincts des personnages ne nous permettent pourtant pas d'affirmer précisément leur identité. Cela pourrait être un double portrait du peintre et de Joséphine Noury, qu'il épouse en 1899.
L'œuvre est acquise en 1910 par le peintre Wassily Kandinsky, alors installé à Munich. Elle contribue à développer le goût des expressionnistes allemands pour Rousseau.
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Henri Rousseau (1844-1910). Portrait de femme, 1895. Huile sur toile, 160 × 105 cm. Musée national Picasso-Paris. Donation Picasso, 1978. Collection personnelle Pablo Picasso. Photo © GrandPalaisRmn (musée national Picasso-Paris) / Adrien Didierjean.
Ce portrait est l’un des plus imposants réalisés par Rousseau. La frontalité du modèle et le décor de rideau évoquent les portraits photographiques de l’époque. Parmi les fleurs en pot, les pensées font probablement allusion à une passion amoureuse. Ce goût du détail symbolique est apprécié par Pablo Picasso, qui le décrit comme l’un «des plus véridiques portraits psychologiques français». Il l’achète pour une somme dérisoire en 1908, et le met à l'honneur lors du banquet qu’il organise pour Rousseau dans son atelier du Bateau-Lavoir, contribuant ainsi à forger sa légende. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Portrait de Madame M., vers 1895. Huile sur toile. Paris, musée d'Orsay. Donation baronne Eva Gebhard-Gourgaud, 1965. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Famille, vers 1892-1900. Huile sur toile.
Philadelphie, The Barnes Foundation. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Le passé et le présent, ou Pensée philosophique, 1899. Huile sur toile, 85,2 x 46,8 cm. Philadelphie, The Barnes Foundation. Photo © 2026 The Barnes Foundation.
Ce «portrait-paysage» célèbre le second mariage de Rousseau. Sur le couple, veillent leurs anciennes amours: Clémence Boitard, sa première femme, et le premier mari de Joséphine Noury, tous deux décédés. Leurs visages flottent dans les nuages, comme les fantômes des photographies spirites en vogue. Sur l’ancien cadre, quelques mots écrits de sa main résumaient sa «pensée philosophique»: «Étant séparés l’un de l'autre, / De ceux qu'ils avaient aimés, / Tous deux s'unissent de nouveau, / Restant fidèles à leur pensée.». |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Noce, 1905. Huile sur toile, 163 x 114 cm. Paris, musée de l’Orangerie, achat, 1959. Photo © RMN-Grand Palais (Musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Jeune fille en rose, 1906-1907. Huile sur toile. Philadelphia Museum of Art. Don de R. Sturgis et Marion B. F. Ingersoll, 1938. |
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Henri Rousseau (1844-1910). L'Enfant à la poupée, vers 1892. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1963. |
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Henri Rousseau (1844-1910). L'Enfant à la marionnette (Pour fêter le bébé!), 1903. Huile sur toile. Kunstmuseum Winterthur. Donation d'Erben von Olga Reinhart-Schwarzenbach, 1970. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Portrait de femme dans un paysage, 1899. Huile sur toile. Philadelphie, The Barnes Foundation.
Cette toile, peinte la même année que Le Passé et le Présent, est tout aussi autobiographique et symbolique: les myosotis sont associés au souvenir, tandis que les œillets évoquent le respect, la gratitude et l'amour. La femme pourrait être la mère décédée de Rousseau, Éléonore Guiard, dont il souligne la piété. Si le peintre se vante par ailleurs de ses opinions républicaines et anticléricales, il met ici la croix en évidence et rappelle par la flèche de l’église celle de Laval, sa ville natale. |
3 - VARIATIONS & DÉCLINAISONS
À la recherche du marché
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Scénographie |
Pour séduire une clientèle composée d'artisans, de commerçants et de petits bourgeois, Rousseau varie genres et formats et décline ses motifs les plus appréciés. Inspiré tantôt par des vues pittoresques, comme pour La Falaise, tantôt par une imagerie décorative comme ses bouquets et natures mortes, il peint sur de petites toiles, adaptées aux bourses et aux intérieurs modestes de ses amateurs.
Ces images populaires rencontrent leur public et lui permettent de survivre financièrement. Elles constituent le corpus le plus important de son œuvre, et le plus représenté dans la collection du marchand Paul Guillaume. On y croise les pêcheurs à la ligne et les femmes chapeautées des images d’Épinal dans des points de vue où se décline la modernité. Rousseau s'inspire de ses propres observations lorsqu'il parcourt les environs de Paris, alors en pleine mutation, et rend hommage aux premiers vols du biplan des frères Wright en 1908.
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Texte du panneau didactique. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Falaise, vers 1895. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1959. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Les Pêcheurs à la ligne, 1908-1909. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1963. |
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Cartel pour le jeune public. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Promeneurs dans un parc, 1900-1910. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1963. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Carriole du Père Junier, 1908. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1959.
Rousseau réalise probablement ce portrait de famille pour régler ses dettes auprès de Claude Junier, son voisin maraîcher et dresseur de chevaux. S’inspirant de photographies, le peintre s'écarte pourtant de son modèle: il se joue des rapports d'échelle et se représente sur le siège du cocher.
Le poète Guillaume Apollinaire est le premier à faire l’achat de ce tableau, avant qu'il ne passe en 1926 dans la collection de Paul Guillaume. En majesté dans son salon, l’œuvre côtoie des objets d’arts africains et une sculpture de Picasso.
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Henri Rousseau (1844-1910). La Fabrique de chaises, vers 1897. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1959. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Fabrique de chaises à Alfortville, vers 1907. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1963.
Cette bâtisse est souvent représentée par Rousseau dans ses vues des environs de Paris. Il va jusqu’à décliner deux versions du même point de vue, toutes deux acquises par Paul Guillaume dans les années 1920. L’imagerie scientifique réalisée en 2025 a permis de mieux comprendre leurs différences. Les tracés au graphite, sous la couche de peinture, révèlent la première intention de l'artiste: reproduire à l'identique La Fabrique de chaises. Dans un souci de fidélité au réel, il en change finalement le dessin pour rendre compte des travaux de la voirie réalisés entre-temps. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Vue de l'île Saint-Louis prise du pont Henri IV (étude), 1909. Huile sur carton entoilé. Laval, Musée d'Art naïf et d'Arts singuliers. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Notre Dame, 1909. Huile sur toile. Washington, The Phillips Collection. |
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Cartel pour le jeune public. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Paysage et quatre pêcheurs à la ligne, 1909. Huile sur toile. Philadelphie, The Barnes Foundation. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Les rives de la Bièvre près de Bicêtre, vers 1908-1909. Huile sur toile, 54,6 x 45,7 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art, don de Marshall Field, 1939. Photo © The Metropolitan Museum of Art. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Fleurs et dahlia dans un vase, vers 1904. Huile sur toile, 33 × 24,1 cm. The Art Institute of Chicago. Gift of Emily Crane Chadbourne, 1953. Photo © Art Institute of Chicago / Dist. GrandPalaisRmn. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Scierie, environs de Paris, vers 1893-1895. Huile sur toile.
The Art Institute of Chicago. Legs de Kate L. Brewster.
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Henri Rousseau (1844-1910). Le Navire dans la tempête, vers 1899. Huile sur toile. Paris, musée de l'Orangerie. Achat, 1959. |
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Cartel pour le jeune public. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Vue du pont de Grenelle, 1892. Huile sur toile.
Laval, Musée d'Art naïf et d'Arts singuliers.
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Henri Rousseau (1844-1910). La Bougie rose, 1908. Huile sur toile, 16,2 × 22,2 cm. Washington, The Phillips Collection, acquis en 1930. Photo © The Phillips Collection. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Nature morte à la cafetière, 1910. Huile sur toile. Collection particulière.
À la fin de sa vie, Rousseau attire l’attention d'artistes de l’avant-garde qui lui rendent visite dans son atelier. C’est pour le peintre italien Ardengo Soffici qu’il réalise cette commande. De taille plus imposante que ses autres natures mortes, il la facture pourtant à une bien modique somme. La composition, ancrée dans la modernité par la découpe des formes sur les aplats de couleurs, est inspirée par la cafetière et la bougie apportées par Soffici en personne. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Vue du quai d’Asnières, dit aussi Le Canal et paysage avec troncs d’arbre, avril 1900-1902. Huile sur toile, 52 x 126,3 cm. Philadelphie, The Barnes Foundation. Photo © 2026 The Barnes Foundation.
Rousseau peint ce tableau pour un concours organisé par la mairie d’Asnières afin de décorer la salle des mariages. Il s’agit de sa troisième tentative dans ce type de compétition: il espère à nouveau décrocher le premier prix et la coquette somme de 1500 francs. Après son élimination, il transforme sa toile en composition autonome, qu’il met en vente au Salon des Indépendants à un prix très élevé.
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Henri Rousseau (1844-1910). Le repas du lapin, 1908. Huile sur toile. Philadelphie, The Barnes Foundation.
L'artiste Sonia Delaunay se souvient de la découverte en 1911 de deux «magnifiques tableaux de Rousseau»: La Carriole et ce portrait animalier. Cette toile a peut-être appartenu au Père Junier: l'animal, représenté avec soin, semble domestiqué. Paul Guillaume achète cette œuvre au peintre Antoine Villard en 1926, parmi un ensemble de huit toiles. Il réalise là un véritable coup commercial: sept sont revendues à Albert Barnes, dont plusieurs natures mortes. |
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Cartel pour le jeune public. |
4 - L'AMBITION DE LA PEINTURE OFFICIELLE
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Scénographie |
Tout au long de sa carrière, Rousseau cherche la reconnaissance institutionnelle. Il regarde les peintres officiels, rêve du Salon et se vante des médailles qu’il reçoit par erreur, destinées à un homonyme. Sûr de lui, il se présente à trois reprises à des concours pour la décoration des hôtels de ville de Bagnolet (1893), Vincennes (1898) et Asnières (1900). Face à des artistes plus installés, il est évincé dès les premières étapes de la sélection, mais transforme habilement ces projets en compositions autonomes, qu'il met ensuite en vente.
Parallèlement, Rousseau s'emploie à des compositions ambitieuses. Il s’approprie les thématiques chères aux tenants de l’académisme: peinture d'histoire, genre allégorique ou portrait officiel. Sans crainte du paradoxe, il représente des artilleurs avec solennité, se désole de la guerre et porte haut les couleurs de la République. Envoyés au Salon des Indépendants, ces grands formats lui valent quelques articles de presse, qu’il consigne soigneusement et qu'il ne manque pas d'évoquer lorsqu'il sollicite le soutien de l’État.
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(voir ci-dessous)
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Texte du panneau didactique. |
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Cartel pour le jeune public. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Guerre, vers 1894. Huile sur toile, 114,5 x 195 cm.
Paris, musée d’Orsay, achat, 1946. Photo © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt.
Marqué par la guerre franco-prussienne (1870) et la Commune de Paris (1871), Rousseau en dénonce les ravages par le biais de cette peinture allégorique. La critique salue la puissante symbolique de la composition: une cavalière à l'allure enfantine et l'arme au poing survole un paysage meurtri. Envoyée au Salon des Indépendants, l'œuvre est un tournant dans sa carrière. Son ami, l'écrivain Alfred Jarry, lui en commande une lithographie publiée dans la revue L’Ymagier.
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Henri Rousseau (1844-1910). Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix, 1907. Huile sur toile, 130 × 161 cm. Musée national Picasso-Paris. Donation de Picasso, 1978. Collection personnelle Pablo Picasso. Photo © Musée national Picasso-Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Adrien Didierjean.
Dans cette œuvre, Rousseau manifeste son attachement aux valeurs républicaines. Il réunit sous l'égide de Marianne le président de la République française Armand Fallières, en poste depuis 1906, aux côtés de dignitaires politiques venus d'Europe, du Moyen-Orient ou de l’Afrique du Nord. La toile attire les regards au Salon, dont la date coïncide avec la seconde conférence de La Haye pour la paix. Le peintre nourrit alors l’espoir d’un achat par l’État. C’est finalement le marchand Ambroise Vollard qui en fait l’acquisition, puis Pablo Picasso, qui la conservera toute sa vie.
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Henri Rousseau (1844-1910). Les Artilleurs, vers 1893-1895. Huile sur toile.
New York, Solomon R. Guggenheim Museum. Solomon R. Guggenheim Founding Collection. Entré par don.
Peint à la mort de son ami le commandant Frumence Biche, sans doute ici vêtu de blanc, ce portrait met en scène la rigueur d’une brigade militaire autour de son canon de campagne. Si Rousseau ne manifeste aucun intérêt pour une carrière dans l’armée, les insignes du rang et des différentes fonctions sont pourtant représentés avec soin. Après la perte de l'Alsace-Lorraine en 1870-1871, c’est un certain esprit patriotique français qui s'exprime ici.
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5 - UN STYLE À SOI
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Scénographie |
Alors que ses contemporains le croient imprégné des souvenirs d’un voyage au Mexique durant son service militaire, Rousseau reconnaît en 1910 n’avoir en réalité jamais quitté la France. Ses jungles puisent aux sources d’une imagerie exotique populaire, diffusée par les Expositions universelles où s'affirme l'empire colonial français au tournant du siècle. Rousseau s'inspire tout autant des illustrations de presse, tributaires de cette imagerie, que des croquis qu’il réalise dans les galeries du Muséum national d'Histoire naturelle et les serres du Jardin des Plantes, où il observe animaux naturalisés et plantes tropicales.
Les premiers commentaires du peintre Félix Vallotton, le soutien du poète Guillaume Apollinaire et l'intérêt d’un marchand établi comme Ambroise Vollard l’incitent à la fin de sa vie à anticiper les commandes. Il en varie les thèmes, entre scènes de combats et jungles plus paisibles, et s'illustre par ses peintures de singes farceurs.
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Texte du panneau didactique. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Joyeux farceurs, 1906. Huile sur toile, 145,7 × 113,3 cm. Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg collection, 1950. Photo © Philadelphia Museum of Art. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Paysage exotique avec un gorille attaquant un homme, 1910. Huile sur toile. Richmond, Virginia Museum of Fine Arts. Collection de M. et Mme Paul Mellon. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Forêt vierge au soleil couchant, vers 1910. Huile sur toile. Kunstmuseum Basel. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Cascade, 1910. Huile sur toile, 116,2 × 150,2 cm. The Art Institute of Chicago, Helen Birch Bartlett Memorial Collection. Photo © Art Institute of Chicago / Helen Birch Bartlett Memorial Collection / Bridgeman Images.
Rousseau décline les motifs stéréotypés qu'il puise dans la presse et les ouvrages illustrés: un homme vêtu d’un pagne et d’une coiffe; une silhouette noire sans traits distinctifs. Le traitement fantaisiste de la végétation, sans réelle profondeur, lui donne un aspect décoratif. Les tons pourpres de la haie d’arbustes soulignent ses qualités de coloriste et font écho à ceux employés dans Forêt tropicale avec jungles. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Forêt tropicale avec singes, 1910. Huile sur toile. Washington, National Gallery of Art. John Hay Whitnev Collection. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Le Lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, 1898-1905. Huile sur toile, 200 x 301 cm.
Riehen/Basel, Fondation Beyeler, Beyeler Collection. Photo © Robert Bayer.
Pour son plus grand format, Rousseau obtient une place de choix au Salon d'Automne, soumis à la sélection du jury. Hasard de l’accrochage, la toile est exposée non loin des peintres qualifiés de «fauves» pour leur usage débridé des couleurs, tels André Derain où Henri Matisse. Rousseau ne s'intéresse pourtant pas à ces expérimentations et souhaite surtout vendre sa toile à l’État, avant de se résoudre à la proposer au marchand Ambroise Vollard.
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Henri Rousseau (1844-1910). Éclaireurs attaqués par un tigre, 1904. Huile sur toile. Philadelphie, The Barnes Foundation.
Témoin du succès des expositions de Paul Gauguin après sa mort en 1903, Rousseau remarque l'intérêt du public pour les scènes exotiques. Cette toile est la première de la série dédiée aux combats de jungle, qu'il présente aux Salons, de 1904 à sa mort. Si la plupart des critiques s’émeuvent des proportions irréalistes des figures et du traitement de la lumière, l'œuvre bénéficie d’une attention notable au Salon des Indépendants. Albert Barnes l’achète en 1926. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Combat de tigre et de buffle, 1908. Huile sur toile, 183 x 203 cm. Cleveland, The Cleveland Museum of Art, don d’Hanna Fund. Photo © The Cleveland Museum of Art - Howard Agriesti.
Pour cette composition, Rousseau s'inspire d’une illustration publiée dans la presse, dont il modifie le décor. Il ajoute une végétation luxuriante où abondent bananes, fruits et fleurs. Suite au succès critique rencontré au Salon des Indépendants, Rousseau décline son sujet dans un plus petit format, pour répondre à une généreuse commande. Le tableau reste pourtant invendu et Rousseau se voit contraint de brader les deux versions auprès du marchand Ambroise Vollard. |
6 - AUX ORIGINES D'UN STYLE
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Scénographie |
Réunies pour la première fois, ces quatre toiles rendent compte de l’évolution de Rousseau, depuis son premier envoi au Salon des Indépendants en 1886, jusqu’en 1910. Inspirées par des gravures, ces figures vêtues des costumes d’une mode passée ou de ceux de la commedia dell’arte contrastent dans le décor, progressivement enveloppées par la végétation.
Rousseau développe ces scènes de rencontres inattendues parallèlement aux succès de ses jungles. Il comprend tout l'intérêt commercial de ce répertoire particulièrement apprécié des amateurs. Peu après le décès de Rousseau, le critique et collectionneur Wilhelm Uhde, auteur de la première monographie du peintre, acquiert plusieurs d’entre elles, à des prix modestes, avant qu’elles ne suscitent l’intérêt croissant du marché dans les années 1920.
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Henri Rousseau (1844-1910). La Promenade dans la forêt, vers 1886. Huile sur toile. Kunsthaus Zürich, 1939. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Femme se promenant dans une forêt exotique, vers 1910. Huile sur toile, 100 x 81 cm. Philadelphie, The Barnes Foundation. Photo © 2026 The Barnes Foundation. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Rendez-vous dans la forêt, 1889. Huile sur toile. Washington, National Gallery of Art. Don de la Fondation W. Averell Harriman en mémoire de Marie N. Harriman. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Un soir de carnaval, 1886. Huile sur toile, 117,3 × 89,5 cm. Philadelphia Museum of Art, The Louis E. Stern Collection, 1963. Photo © Philadelphia Museum of Art.
Cette œuvre est l’une des premières que Rousseau envoie au Salon des Indépendants. Tout dans son traitement témoigne de la volonté du peintre de faire ses preuves: le travail de la profondeur, les ombres projetées au sol et «la richesse des tons» remarquée par le peintre Camille Pissarro. Le sujet reste mystérieux: on reconnaît Pierrot et Colombine en costumes, épiés par un profil à peine visible sous l’auvent. Peut-être un hommage à Gérôme, et à sa célèbre Suite d’un bal masqué (1857), cette toile affirme surtout son goût pour les scènes nocturnes et les promenades costumées. |
7 - LES TABLEAUX MANIFESTES
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Scénographie |
Réunies pour la première fois, ces toiles justifient leur statut de chefs-d'œuvre par leur originalité, leur variété et leur caractère unique dans l'œuvre de Rousseau. Réalisées à différents moments de sa carrière, elles connaissent chacune une trajectoire singulière. Mauvaise surprise, acquise par l’artiste Gabriële Buffet puis par le Dr Albert Barnes, est aujourd’hui l’un des fleurons de sa fondation. La Charmeuse de serpents intègre la prestigieuse collection de Jacques Doucet, aux côtés des Demoiselles d'Avignon de Picasso, dont Rousseau disait: «Nous sommes les deux plus grands, [lui] dans le genre égyptien, moi dans le genre moderne.» La Bohémienne endormie, quant à elle, se trouve aujourd’hui au Museum of Modern Art de New York, après avoir déchaîné les enchères à Drouot en 1926. Elles donnent ainsi raison à l'ambition de Rousseau qui affirmait à sa fille, sur le ton du défi: «Tu as bien tort de ne pas aimer ma peinture, tu en auras un jour pour plus de cent mille francs!»
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Texte du panneau didactique. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Charmeuse de serpents, 1907. Huile sur toile, 167,0 x 189,5 cm. Paris, musée d’Orsay, legs Jacques Doucet, 1936. Photo © musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt.
Cette œuvre convoque tant des références à l'orientalisme qu'à l’iconographie du jardin d’Eden. Le traitement est particulièrement soigné et l'artiste signe de son nom complet. Elle suscite pourtant un vif débat parmi les membres du jury du Salon d'Automne, qui l'expose comme projet de tapisserie, niant ses qualités picturales. Commandée par Berthe Delaunay, mère du peintre Robert Delaunay, l'œuvre est achetée par le collectionneur Jacques Doucet. Dès 1925, il promet de la léguer au musée du Louvre: elle est alors la première œuvre de Rousseau à entrer dans les collections nationales françaises. |
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Henri Rousseau (1844-1910). Mauvaise surprise, 1899-1901. Huile sur toile, 194 x 6 x 129,9 cm. Philadelphie, The Barnes Foundation. Photo © 2026 The Barnes Foundation. |
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Cartel pour le jeune public. |
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Henri Rousseau (1844-1910). La Bohémienne endormie, 1897. Huile sur toile, 129,5 × 200,7 cm.
New York, The Museum of Modern Art. Gift of Mrs. Simon Guggenheim. Photo © The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence.
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8 - Informations et documents divers
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Scénographie
Voir des agrandissements ci-dessous
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Scénographie, détail. |
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Article de presse américain du 29 octobre 1926 (traduction).
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Scénographie, détail. |
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Article de presse du 11 octobre 1925. |
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Scénographie, détail. |
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Lettre de Paul Guillaume à Albert Barnes.
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Dans l’atelier de Rousseau, une entrée en matière (vidéo) |
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Henri Rousseau - 1844-1910
Voir des agrandissements ci-dessous
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Henri Rousseau (1844-1910). La Guerre, 1895. Lithographie sur papier orange. Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et Photographie.
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Henri Rousseau. Lettre au maire de Laval, 10 juillet 1898. Laval, musée d'Art naïf et d'Arts singuliers.
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Henri Rousseau. Lettre au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, 21 avril 1901. Paris, Archives nationales de France.
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Henri Rousseau. Lettre à Monsieur le Directeur des Beaux-Arts, 10 mars 1904. Paris, Archives nationales de France.
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Henri Rousseau. Lettre au sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, 24 septembre 1907. Paris, Archives nationales de France.
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Témoignages sur le Douanier Rousseau par les artistes Fernande Olivier et Sonia Delaunay (vidéo) |
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